Kaijumax 1. Kaijumax

C omme le résume si bien le directeur Kang « le monde a changé, il s'est complexifié. Et les monstres n'y ont plus leur place... Ici, c'est le seul endroit où ils ont leur place. Le seul sur toute la planète...»
Dès leur arrivée à la prison Kaijumax, les détenus sont prévenus. Et Eloctrogor a beau vouloir sortir et aller retrouver ses petits, les règles s'appliquent à tous.

Cela commence comme un énième récit de monstres tendance Kaiju, mais très vite, le propos se dévoile et, passée la première vingtaine de planches (le premier chapitre en somme) Kaijumax surprend. Loin de privilégier l'action, présente sans être banalisée, la trame se veut plus profonde. La lecture pourra être accessible aux plus jeunes (pas de gore ni de vulgarité) autant qu'elle résonnera chez un public plus expérimenté. En découvrant ces créatures, bariolées de rose, de vert ou d'orange, à l'esthétique infantile, dotées d'une expressivité sans filtre et d'une allure pataude, il serait aisé de s'attendre à une intrigue légère. Pourtant les thèmes abordés sont larges, variés mais bien plus sombres. Contrôle des masses, fanatisme religieux comme alternative à la violence, exploitation des minorités, peur de l'autre (comprendre "celui qui est différent"), dérive de l'Etat policier, bas peuple assommé par l'usage des drogues et bien sûr univers carcéral.

Chaque personnage, très bien caractérisé, est tiraillé entre sa nature et ce qu'il doit faire. Certains craquent, d'autres ne renoncent pas, d'autres encore essaient de changer... qu'ils soient humains ou non. C'est en cela que ce titre convainc, il renvoie aux comportements que tout un chacun est capable d'adopter et ainsi l'identification fonctionne. Si elle n'est pas personnelle, elle se fera au travers de connaissances ou de groupes reconnaissables et la découverte de leurs combats, leurs doutes, leurs tourments trouve facilement un écho. Mais si le propos séduit, c'est avant tout pour les qualités narratives que le dessinateur de Top Ten déploie. En plus d'une satire sous-jacente pleine de finesse, il propose un univers dense, puisant son essence dans la culture japonaise, les films et les séries de monstres (Godzilla, évidemment, Ultraman et tant d'autres que les bonus, exhaustifs, en fin d'ouvrage font (re)découvrir). Les éléments imaginés pour les intégrer à notre (futur) monde fourmillent de bonnes idées et rendent la trame prenante de bout en bout.

En douze chapitres et près de 300 pages, Zander Cannon livre une fresque d'une cohérence sans faille et d'une densité énorme. Un vrai comics de la scène indépendante qui divertit autant qu'il questionne. Difficile de passer à côté de la nouvelle perle des éditions Bliss qui, même si le prix peut effrayer en dépit d'une pagination dantesque, vaut largement le détour.

Moyenne des chroniqueurs
8.0