Le cid en 4e B Le Cid en 4e B

« Allez, on se dépêche de s’installer, dans le calme. Aujourd’hui, on commence un chapitre sur le théâtre, on va travailler Le Cid ». Ainsi la professeure de français de la classe de 4e B commence-t-elle son cours. Débute également une rencontre entre deux cultures, deux langues et deux mondes. Nelson, Brandon et Naomy vont être confrontés aux déboires de Don Diègue, Rodrigue et Chimène. Le groupe passera par toutes les étapes : le rejet, l’indifférence, la curiosité, la réflexion et l’implication, avec tous les imprévus et les incertitudes qu’amènent des collégiens. Néanmoins, malgré les 382 années qui les séparent, gamins et princes de la cour d’Espagne vont se rencontrer.

Véropée (Raoul en milieu naturel), scénariste, dessinatrice et enseignante, s’est lancée dans un projet audacieux : raconter en bande dessinée l’étude, dans une classe de quatrième, d’une pièce classique, faite de rimes, d’alexandrins et de termes désuets. En choisissant de laisser l’adulte hors champ (elle n’est qu’une voix off), en ne mettant en scène que les élèves et leurs répliques, elle livre une œuvre fraîche, drôle et originale.

Par-delà cette coexistence forcée et éphémère, ce sont les adolescents qu’elle peint, sans clichés, sans condescendance et sans concession. La force du portrait réside dans la mise en page de ce qu’est le théâtre d’une salle d'école, davantage farce que tragédie. Les réflexions des jeunes, emplies d’innocence, de spontanéité et de bon sens, sont un régal pour l’esprit. Elles font rire ou sourire, mais trahissent également un trouble lorsque sont abordés le statut de la femme, la sexualité ou les questions d’honneur. Chacun des personnages vit à sa manière le fameux dilemme cornélien, objet de commentaires truculents et désopilants.

Graphiquement, le trait, tout en rondeur et en douceur, évite la lassitude en intercalant dans les scènes de cours des illustrations en noir en blanc des passages emblématiques de l’œuvre de Corneille. Gros nez et gros yeux sont terriblement expressifs et rendent compte, avec légèreté et pertinence, de l’incursion de la jeunesse dans le monde codifié des adultes. Leur vie n’en sera pas changée, cependant il en restera quelque chose. Cela commence lorsque Lou s’écrie : « M’dame, quel outrage infâme, on m’a pris mon quatre-couleurs ».

Moyenne des chroniqueurs
7.0