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D ébut du XXIVe siècle. Le capitaine Néel, plongée en hibernation, est détournée de sa trajectoire par un message de détresse venant d'Aîon. Sur place, elle découvre un laboratoire à l'abandon où ne subsistent qu'un androïde dysfonctionnel et le cadavre momifié de l’émetteur. Un piège mortel. Lorsqu'elle reprend ses esprits, le laboratoire est parfaitement opérationnel et son hôte en pleine forme. Elle s'est réveillée quatorze ans avant son départ.

Attention, c'est une lecture qui demande d'être attentif aux détails et à ne pas hésiter à revenir quelques pages en arrière, au fur et à mesure que les sauts et les boucles temporelles se succèdent. Ce huis-clos tente de renouer avec la SF classique des années 50 et 60. Pas vraiment de technologie et d'exotisme, mais des réflexions sur l'éthique de la recherche scientifique et sur l'humanité artificielle. Jusqu'où peut aller la science pour obtenir un résultat profitable à l'humanité ? Peut-on faire d'une personne un jouet involontaire pour faire avancer le confort de tout le monde ? Et si un androïde était plus empathique qu'un homme. Ceux qui ont lu les dilemmes cornéliens d'Asimov trouveront le propos un peu léger, mais pour les autres, c'est une bonne introduction à la hard-SF.

Au niveau graphique, les lignes épurées et la colorisation terne, à dominante verte et bleue, rendent une atmosphère glauque et oppressante, dépourvue de porte de sortie. L'androïde apparait comme une machine froide et, en quelques traits, passe d'une rigidité cruelle, limite psychopathe jouissant de la souffrance de la captive à un être doué d'empathie. Un être discret, presque un bout du décor, et qui, lorsqu'on lui prête attention, s'avère avoir le plus grand panel d'expression.

Une intrigue étouffante, une jolie anticipation qui laissera les puristes sur leur faim, mais plaira aux autres.

Moyenne des chroniqueurs
5.5