Fouché 3. L'homme d'État

R évolutionnaire, grand administrateur et maître des polices, on ne siège pas au sommet du pouvoir aussi longtemps sans se faire quelques ennemis. Joseph Fouché aura connu les avantages et les avanies de sa position. Revenu de son exil aixois, il se met une fois de plus au service de Napoléon, alors devenu Empereur des Français. Les guerres engagées avec le reste de l’Europe et les multiples complots politiques qui déchirent la société l’obligent à choisir un camp. Qu’en est-il de sa propre ambition ? Au milieu de ces tumultes, n’y aurait-il pas une place pour lui, à la tête d’une République, par exemple ?

Nicolas Juncker et Patrick Malet mettent un terme à leur biographie de l’une des figures majeures de l’Histoire française. Cependant, devant l’énormité du sujet, le scénariste a dû faire des choix pour concevoir un récit abordable et compréhensible. La tâche a sans doute été difficile, mais l’album tient globalement la route (merci à l’éditeur d’avoir accordé des pages supplémentaires pour boucler le dossier). Doutes, paradoxes (régicide de Louis XVI, Fouché soutint l’avènement de Louis XVIII au moment de la chute de Bonaparte) et une clairvoyance impressionnante, la complexité de la personnalité du Ministre de la police est parfaitement décryptée. De par ses responsabilités, l’homme a accès à de précieux renseignements et aux petits secrets de tout un chacun. Il ne lui reste qu’à répondre à une seule question : à qui faire confiance pour durer et survivre ? Sa mise au placard à Dresde et son isolement subséquent démontrent bien que même armé de la meilleure des façons, il est impossible de résister face aux aléas de la géopolitique.

Un peu plus « coincé » aux entournures que dans les tomes précédents du fait de la quantité d’informations à retranscrire, Patrick Malet a dû déployer tout un arsenal d’astuces de mise en scène pour rendre accessible cet ultime volume. Il offre quelques belles planches à la construction originale (portrait en pied, découpage en mosaïque temporelle dramatique, etc.). La narration, un peu débordée par la multiplication des acteurs prenant part à cette fin de vie, s’en retrouve aérée. Résultat, l’ensemble est agréable à parcourir et à détailler.

Survol précis et synthétique, Fouché forme une excellente porte d’entrée sur cette époque clef entre ancien et nouveaux régimes. Dommage qu’aucune bibliographie n’ait été proposée en fin d’ouvrage. Ceux qui auraient aimé approfondir cette destinée sise au cœur des affaires de la Nation en seront quitte pour se débrouiller par eux-mêmes.

Moyenne des chroniqueurs
6.0