Lapinot (Les nouvelles aventures de) 2. Les Herbes Folles

L apinot se ballade tranquillement dans la ville. Au rythme de ses pas, il croise des promeneurs comme lui en baguenaude, passe devant des commerces grands et petits, tout en profitant de l’air du temps. Il remarque également pas mal d’ordures et de nombreuses plantes courageuses qui percent le bitume. D’ailleurs, ces dernières sont limite envahissantes et semblent pousser à vitesse grand V. Oulàlà, il y en a partout et on dirait qu’elles fondent sur lui. Ce n’est pas normal, vite, il se met à courir pour éviter d’être étouffé par cette luxuriante menace.

Né d’un projet dessiné publié sur Instagram (présenter une illustration par jour pendant une année), Les herbes folles s’est transformé en un album oubapesque de peu de mot et de longue haleine. Lewis Trondheim est évidemment au commande de cette nouvelle Nouvelle aventure de Lapinot. Trame linéaire qui rappelle Mildiou, superbes aquarelles sorties des Petits Riens et un Richard fidèle à sa réputation, le scénario lorgne aussi vers Ralph Hazam et, par extension, vers Donjon. Résultat, en plus de former une fantaisie nourrie à l’air du temps, ce délicieux livre de poche fait également office de condensé de l'œuvre et des préoccupations du co-créateur de L’Association.

Faussement minimaliste et moins improvisé qu’il veut bien le prétendre, l’opus se « lit » avec beaucoup de plaisir et de sourires. Se passant des mots – habituellement une de ses forces -, le scénariste avance tout en maîtrise et se complaît à animer son héros de prédilection dans une série de péripéties hautes en couleurs. L’affable rongeur court, saute, évite monstres et bestioles, se pose des questions et finit par trouver une piste à suivre. Pourquoi ? Comment ? L’important n’est pas là et, même si l’histoire arrive à son terme d’une façon astucieuse et satisfaisante, c’est bien la dextérité narrative et le talent graphique de l’auteur qui est à relever. Après près de trente ans de carrière et plus d’une centaine d’albums à son actif, Trondheim continue de surprendre et, c’est visible, de s’amuser à raconter.

Moyenne des chroniqueurs
7.0