L'épouse Yéménite

A lors qu’elle s’apprête à convoler, Laura, journaliste italienne, se remémore le jour où elle a reçu une des roses du bouquet d’une mariée yéménite. Invitée à ce mariage par une amie, elle avait été stupéfaite de voir robes de princesses et brushings impeccables émerger des austères niqabs, ou les jeunes filles à marier se déhancher sur la piste sous l’œil critique de matrones à la recherche de brus pour leurs fils. Elle, l’Occidentale, faisait bien pâle figure à côté, tout en étant un objet de curiosité. Et, à l’époque, Sanaa, où elle était venue apprendre l’arabe, lui avait réservé d’autres découvertes, rencontres et surprises : autant d’occasions rêvées de récolter des informations et des images sur les réalités et coutumes du pays.

Aujourd’hui miné par la guerre civile, le Yémen a marqué durablement Laura Silvia Battaglia, reporter freelance qui a bourlingué au Proche et au Moyen-Orient. Elle transcrit ici son expérience au travers de courts chapitres. Ainsi, chaque épisode offre un instantané sur l’une ou l’autre des réalités du pays, qu’il s’agisse de coutumes festives comme lors des noces, des violences liées aux attentats suicides ou aux frappes des drones états-uniens, du trafic d’enfants, des unions forcées, des enlèvements ou encore de religion. Racontées à la première personne, ces anecdotes sont imprégnées d’authenticité et restituent bien non seulement le regard porté par l’auteure, mais également ses émotions ainsi que celles des personnes qu’elle a côtoyées. Le format choisi accentue l’effet durable de certains récits qui ne laissent pas indifférent, voire font froid dans le dos. Cependant, cela procure également une sensation de trop peu et fait regretter que quelques points ne soient pas davantage développés.

Accompagnant le texte, le graphisme de Paola Cannatella remplit agréablement son office. Le trait et le découpage se révèlent efficaces, tandis que les cases s’estompent çà et là pour mettre en avant des scènes particulières ou plus explicatives. L’artiste s’attache aux détails et aux décors, sans pour autant négliger l’expressivité des protagonistes. Enfin, si le gris épais du trait domine, des touches de couleurs franches (ici du vert, là du bleu, ailleurs du rouge ou du jaune) viennent conférer une identité propre à chaque récit.

Roman graphique issu du vécu, L’épouse yéménite constitue un témoignage intéressant qui fait naître l’envie d’en savoir davantage sur l’actualité et la culture de l’Arabie Heureuse.

Moyenne des chroniqueurs
6.0