Guerlain 1. Pierre - François - Pascal (1798/1864)

P ierre-François-Pascal Guerlain ne se voyait pas reprendre la boutique de son père et rester toute sa vie à Abbeville. Non, le jeune homme avait de l’ambition et, surtout, une passion à assouvir : les parfums. Avant de créer sa propre manufacture et bâtir un empire qui perdure encore aujourd’hui, il a dû d’abord faire ses classes. Monté à Paris, il débute en bas de l’échelle et découvre petit à petit toutes les facettes de son futur métier. Son ascension prendra une vie entière, mais, quand il passe les rênes de son entreprise à son fils, « Guerlain » est devenu synonyme d’exclusivité et de qualité et son somptueux magasin de la Rue de la Paix, un rendez-vous couru par toutes les cours du monde.

Biopic élégant et ultra-documenté, Guerlain le prince des parfums retrace le parcours sans tache d’un des pionniers de la parfumerie moderne. Né en 1798 sur les ruines de l’Ancien Régime, il va embrasser le XIXe siècle dans son entièreté : les révolutions scientifiques et industrielles vont lui fournir les moyens, les aventures coloniales les matières premières et la nouvelle classe bourgeoise (ainsi que la vieille noblesse) les débouchés à ses créations. Également visionnaire sur le plan commercial, il réinvente le produit de luxe et développe des techniques de vente préfigurant le marketing actuel. Appliqué à en paraître ronronnant, l’album détaille la trajectoire de ce self-made-man d’une manière efficace, mais bien peu prenante. Le scénariste fait professionnellement son office de biographe et c’est tout.

Aux pinceaux, Li-An présente aussi une version neutre, voire pasteurisée (une autre nouveauté à l'époque). Sans être complètement fade, son approche manque de corps et de nuance. Ville, campagne, appartement, usine, riche, pauvre, tout est montré avec la même intensité. Celle-ci est cependant très claire et immédiatement lisible. Au final, trop sage et bien terne quand il y est question d’exposer le faste et générer l’envie, la narration ne fait qu’effleurer la nature de son propos.

Lisse et aseptisé, cette première époque de la vie de la maison Guerlain n’est malheureusement pas à l’image de la continuelle recherche d’excellence de son sujet central. L’ouvrage offre néanmoins un aperçu intéressant d’un artisan qui a su saisir sa chance et devenir l’industriel, référence dans son domaine.

Moyenne des chroniqueurs
4.0