Double 7

M adrid, 1936, la guerre d’Espagne sévit. Les Soviétiques sont venus aider les républicains opposés aux nationalistes. Personne ne s’illusionne, les troupes de Staline cherchent avant tout à préserver leurs intérêts stratégiques dans la péninsule. Des rumeurs de purges se faisant persistantes, quelques-uns craignent leur retour au pays. Parmi les camarades, Roman Kapulov, un redoutable aviateur, règne dans le ciel. Beau, talentueux et impétueux, il est admiré de tous… surtout de toutes. Au sol, Lulia Montago, une milicienne, n’a peur de rien. Lorsqu’ils se croisent, le coup de foudre est immédiat.

Dans Double 7, Yann propose un scénario en trois temps. D’abord la guerre, les bombes, la destruction et les morts. Ensuite, des enjeux géopolitiques abscons ; les motivations de tout-un-chacun ne sont pas toujours claires, chacun souhaite tirer son épingle du jeu, parfois aux dépens des idéaux politiques qu‘il devrait défendre. Cette partie s’avère relativement complexe et aurait gagné à être vulgarisée pour le lecteur lambda qui n’est pas au fait de ce conflit. Et enfin, une histoire d’amour entre deux combattants. Le rythme de cette triple narration est passablement lent. Les personnages se révèlent bavards et s’expriment dans toutes les langues, ce qui finit par être agaçant. Cela dit, il y a de l’action, mais une échauffourée aérienne ressemble inévitablement à une autre échauffourée aérienne. Idem pour des militaires qui prennent un pot ou pour les longues diatribes sur le devoir de loyauté à Moscou.

Le style académique d’André Juillard demeure impeccable ; s’en dégage tout de même une certaine froideur et le jeu des acteurs souffre d’un déficit de naturel (lequel s’ajoute à des dialogues par moment tellement chargés d’informations qu’ils en deviennent artificiels). Le découpage est méthodique, trois bandes par planche, chacune comptant deux, trois ou quatre vignettes avec, à l’occasion, des détails soulignés dans de petites cases. Avec cette formule rigide, il n’y a pas place pour un plan d’ensemble d’une demi-page et encore moins d’une page. En fait, l’artiste a de toute évidence choisi de se rapprocher des événements et des gens, les prises de vue rapprochés sont légion et souvent spectaculaires, particulièrement lorsque les pilotes s’affrontent à bord de leurs aéronefs.

Bien que le récit présente un point de vue original sur l’affrontement et que le dessin soit soigné, il manque quelque chose à cet album trop sage. Peut-être des personnages attachants et charismatiques.

Moyenne des chroniqueurs
6.0