Peleliu. Guernica of paradise 1. Tome 1

À l’été 1944, des soldats nippons s’activent sur l’île de Peleliu, dans l’archipel des Palaos. Depuis plusieurs jours, ils creusent une galerie en vue de faire face aux troupes états-uniennes dont le débarquement est annoncé d’un jour à l’autre. Parmi les recrues, Tamaru, apprenti mangaka, passe chacune de ses courtes pauses à griffonner dans un carnet en dépit des avertissements d’un chef irascible. Mais la mort subite d’un camarade, sans que l’ennemi ait encore foulé le sol, lui rappelle que la bataille a déjà commencé et que le paradis terrestre qu’il contemple est voué à se transformer en enfer.

Nouvelle venue sur la scène éditoriale, la maison Vega vient de lancer simultanément les premiers volets de trois mangas, dont Peleliu. Guernica of Paradise, signé Kazuyoshi Takeda, un auteur jusqu’ici inédit en France. D’emblée, la couverture frappe l’œil : un paysage insulaire verdoyant, des carcasses d’engins militaires sur lesquelles la nature a repris ses droits et, au centre, un petit conscrit à l’air aussi naïf que perdu, grosses lunettes sur le nez, fusil à l’épaule et de quoi écrire ou dessiner en mains. Le contraste est saisissant. Il le reste tout au long de l’album.

En effet, le graphisme rond et assez caricatural tranche avec le propos cru et sombre. Aidé dans son travail documentaire par Masao Hiratsuka, membre du Groupe de Recherche sur la Guerre du Pacifique, l’auteur ne fait pas dans la dentelle et montre avec impartialité la réalité du conflit. Si certains protagonistes ont bien des rêves de gloire, le scénario, lui, est plus brutal et sans concession. Il souligne la pénibilité du creusement des retranchements, la longueur et l’angoisse de l’attente ou encore la fragilité humaine. L’héroïsme en prend pour son grade, car la mort qui rôde prend souvent des formes absurdes ou franchement stupides, mais pourtant très plausibles, ce qui laisse un arrière-goût amer. Le présent volume n’en étant qu’à l’aube d’une bataille acharnée qui dura deux mois, cela augure d’une suite tout aussi mordante.

Entrée en matière réussie pour Peleliu. Guernica of paradise qui parvient à prendre aux tripes, tout en apportant par son dessin décalé une respiration bienvenue. Souhaitons que les prochains tomes gardent le cap et confirment cette bonne impression initiale.

Moyenne des chroniqueurs
6.0