Marion 1. volume 1

P aris, printemps 1940. Chef d’une bande de gamins chapardeurs, Marion mène une vie précaire dans les rues de la capitale. Compositeur et directeur musical du Doelion, Aaron Rosenberg désespère de trouver celle qui pourrait incarner Jeanne d’Arc dans le spectacle destiné à sauver le music-hall. Lors d’une promenade, il est attiré par une voix d’une grande pureté et découvre la jeune fille. Aussitôt, il lui propose le rôle-titre et de rejoindre sa troupe. Pour l’adolescente, il s’agit d’une chance inespérée, mais peut-elle vraiment faire confiance à cet inconnu qui lui promet monts et merveilles ? Et, si elle accepte, pourra-t-elle être à la hauteur dans le mois qui vient alors qu’elle n’a aucune expérience ?

Incontestablement, Yuu Kikasa aime la Ville Lumière. Le cadre choisi pour son diptyque, ainsi que le graphisme très détaillé de l’architecture parisienne le clament suffisamment. Cette minutie enthousiaste, l’ambiance montmartroise et l’audace façon Gavroche de l’héroïne constituent, d’ailleurs, les principales forces du premier volume. La promenade dans le Paname des artistes, encore épargné par les ombres de la Seconde Guerre mondiale, se révèle plaisante et pleine d’une certaine insouciance, en dépit des événements qui se déroulent ailleurs en Europe. Le décor a donc du cachet. La représentation des protagonistes, elle, se révèle à la fois classique, expressive et bien lissée – trop, peut-être.

Côté scénario, l’entrée sur scène de Marion se fait avec panache et permet de découvrir son caractère affirmé. Fascinante, la jeune fille l’est d’emblée et les révélations sur son passé et sa peur de la gent masculine la rendent encore plus attachante. La triste réalité derrière son statut précaire, de même que les intentions sous-jacentes du spectacle et l’introduction, en fin d’album, d’un personnage aux desseins sombres et peu scrupuleux confèrent une épaisseur bienvenue au propos. Ces mystères tranchent avec l’impression un peu mielleuse qui se dégage par moments des interactions, en particulier celles entre l’adolescente et Aaron. En parallèle, tout ce qui tourne autour des répétitions et des apprentissages auxquels doit se soumettre l’héroïne s’avère savoureux, de par la façon d’être de cette dernière, ses appréhensions et son désir de surmonter les difficultés. Ainsi, le passage avec les talons rouges, réussi, ne manque-t-il pas de piquant.

Joliment dessiné, fort d’une figure pleine de personnalité et doté une édition bien léchée, ce premier tome constitue un bon divertissement. Espérons toutefois que la dernière partie poursuivra l’approfondissement amorcé.

Moyenne des chroniqueurs
7.0