Les reines de sang - Jeanne, la mâle reine 1. Volume 1

E n 1293, le duc et la duchesse de Bourgogne accueillent leur cinquième enfant. Au grand dam du père, il s’agit d’une fille, boiteuse de surcroît. Si cette marque d’infamie l’expose aux railleries, Jeanne n’en est pas moins éveillée et intelligente. Des qualités insuffisantes cependant pour gommer son infirmité supposée diabolique et lui trouver un époux à la hauteur des exigences parentales. Seuls sa sœur Marguerite, promise au dauphin, et son cousin Philippe de Valois lui portent affection et intérêt. Puisque Dieu semble contraire à la descendante de saint Louis, se pourrait-il qu'elle trouve sa voie par un autre biais ?

Après Aliénor, Isabelle, Frédégonde, Tseu-Hi et Cléopâtre, la collection Les reines de sang s’enrichit d’une nouvelle figure féminine controversée. À dire vrai, le nom de Jeanne de Bourgogne (1293-1349) est moins évocateur que ceux de ses consœurs, mais elle n’en fut pas moins une souveraine d’importance pour la France et eut son rôle dans la saga des rois maudits.

Consacré aux vingt premières années de la future souveraine, ce tome d’ouverture permet à France Richemond de revenir sur les événements qui ont bousculé le royaume et la couronne durant la fin du règne de Philippe IV le Bel. Maîtrisant bien son sujet, la scénariste du Trône d’argile revisite l’anéantissement des Templiers, la lutte entre les pouvoirs spirituel et temporel, les diverses tractations matrimoniales pour assurer la pérennité de la dynastie capétienne et l’épisode bien connu des amants de la tour de Nesle. En parallèle, elle développe le caractère et la psychologie de son héroïne qui d’enfant méprisée pour son handicap devient au fil des pages adolescente tourmentée, puis épouse amoureuse mais déjà pétrie d’ambition (et de revanche). Sa personnalité fermée et secrète fait contrepoint avec celle plus exubérante et volage de sa sœur Marguerite.

Quelque peu linéaire, l’intrigue s’appuie sur le dessin de Michel Suro (Démon, Le clan des chimères, Le siècle des ombres) et la colorisation de Dimitri Fogolin. L’ensemble se révèle de bonne facture. Les plans sont assez variés, les visages plutôt expressifs et l’apparition récurrente d’un troubadour aux différents moments clés s’avère une bonne idée. Néanmoins, il est dommage que les trois princes soient difficiles à distinguer sans recourir au texte et que certains rendus anatomiques soient légèrement moins réussis.

Globalement, Jeanne, la mâle reine constitue une bonne entrée en matière et donne envie d’en connaitre davantage sur les circonstances qui lui vaudront ce surnom.

Moyenne des chroniqueurs
6.0