Sandrine et Flibuste contre la maltraitance animale

À plumes, à poils ou à écailles, aucun de leurs attributs ne leur permet d’en réchapper. À qui ? À quoi ? À l’exploitation par l’Homme. Oui, qu’ils soient bêtes de cirque, hôtes de zoo ou de labo, compétiteurs sportifs, vedettes de cinéma ou des réseaux sociaux, sauvages ou domestiqués, parfois même adoptés, trop souvent, les animaux sont maltraités. Combats, corrida ou grindadráp les placent dans de sales draps, tout comme la production de nourriture, gastronomique ou pas. Et que dire de cette faune tantôt utilisée à des fins touristiques, tantôt chassée de son habitat naturel ou encore élevée pour sa peau ?

Sandrine Deloffre en fait l’amer constat à travers vingt-et-un mini-reportages parus initialement sur la page Instagram de Mâtin !, la revue numérique de Dargaud, et désormais compilés dans l’album Sandrine & Flibuste contre la maltraitance animale. À l’instar des parutions précédentes (Mythes et Meufs, Plastic Tac Tic Tac, Procrastination écologique), l’intention est claire : alerter sur une thématique sociétale actuelle et en aborder différents aspects. Le propos est engagé et invite les lecteurs à réveiller leur conscience en piquant là où cela fait mal. Pour autant, le ton ne se veut pas moralisateur. Il pose des faits, évoque des réalités indubitablement cruelles pour ceux qui les subissent, rappelle des chiffres, met en corrélation certains d’entre eux et souligne de nombreux paradoxes.

Évidemment, la traque des « nuisibles », supposés détruire les champs, pourrait sembler un moindre mal comparé au broyage des poussins, ou les victimes de la chasse à courre bien plus à plaindre qu’un Grumpy cat ou autre bestiole influenceuse, sans parler de cette chauve-souris ou de ce pangolin devenus les symboles d’une certaine pandémie… Pourtant ! Il suffit de quelques planches à l’autrice pour montrer les compromis avec l’éthique, les accrocs à la probité et les liens entre chaque situation. Elle le fait avec humour, grâce à son chien Flibuste et à ses interviewés – entre autres, Michel l’ours, Cyrielle la jument, Betty la pondeuse, Marc Mc Shark le requin, Bibi le vison, Raymond le python, Daisy la laitière… - trop au fait des travers humains pour ne pas porter un regard empreint de scepticisme sur la capacité de l’humanité à améliorer ses pratiques ou à en abandonner d’autres devenues obsolètes (l'étiquette "patrimoine immatériel" a quelquefois bon dos...).

Le coup de crayon rapide et la mise en couleurs en aplats sont aussi directs qu’efficaces. Point de chichis visuels, mais des images parlantes et des répliques bien senties. Puis, accompagnant chaque saynète, une page de texte approfondit le thème traité.

Vous êtes militants ou sympathisants de la cause animale ? Sandrine & Flibuste renforcera votre point de vue et vous aidera à éduquer votre entourage plus réfractaire. Vous rigolez en visionnant ces bêbêtes trop mignonnes sur Youtube ou vous envisagez de filmer votre boule de poils et de diffuser cela sur Tik Tok ? Voilà une bande dessinée qui vous avertira concrètement de ce qu’il y a derrière ce plaisir pas si innocent.

Un essai-BD à lire et à partager, assurément.

Moyenne des chroniqueurs
6.0