Seizième printemps

« Chaque enfant bourgeonne à sa propre saison ».

Cinq ans ! Yeowoo, la petite renarde, est excitée à l’idée de souffler les bougies de son gâteau d’anniversaire – aux fruits rouges, s’il vous plait ! Mais, la journée vire au cauchemar avant même que la table de fête ne soit dressée. Une dispute entre adultes, un départ et voilà la gamine expédiée à la campagne pour y vivre avec son grand-père et sa tante. Le changement est rude. Puis, l’enfant rencontre une nouvelle voisine des plus intrigantes : Paulette, la poule jardinière. À tâtons, une amitié naît.

Déjà remarquée pour Je ne suis pas d’ici, la Sud-coréenne YunBo revient avec un album jeunesse qui confirme son talent de conteuse et d’illustratrice. En effet, subtilité, délicatesse et fraîcheur se dégagent de Seizième printemps.
Au fil de douze chapitres, l’autrice y narre le cheminement d’une enfant esseulée, oubliée par des parents qui ont manifestement mieux à faire, peu en phase avec ceux qui l’ont recueillie et qui mûrit progressivement au contact d’une amie inattendue et singulière. Comment ne pas s’attacher à la rousse Yeowoo, qui, si elle a un caractère bien trempé et peut se montrer agaçante, n’en demeure pas moins touchante par sa blessure palpable et sa volonté d’être (enfin !) entendue. Le divorce et ses conséquences aussi difficiles que traumatisantes sont abordés avec finesse, de même que la différence et les caractéristiques qui font de chacun un être unique, quel que soit son âge. À cet égard, tant Paulette, la gallinacée confidente qui ne peut pas pondre, que Yeonju, la tata vieille fille, ou même le papy dépassé par les événements s’avèrent également justes dans leur manière d’être. Les dialogues et les interactions fonctionnent aussi très bien.

Graphiquement, le charme opère pleinement. Une grande douceur et une agréable poésie imprègnent les dessins à l’aquarelle. Le trait se fond dans les couleurs, tout en étant précis, et les décors, riches et soignés, confèrent de la matière aux planches. Sans contour encré, les vignettes se succèdent, en alternant les plans et les cadrages avec à-propos. Enfin, le format à l’italienne participe pleinement au plaisir et au confort de lecture des quelques cent-dix pages de l’album. Le cahier de recherches graphiques à la fin, ainsi que les jolies études de fleurs au début de chaque chapitre constituent un régal supplémentaire.

D’une grande justesse dans son propos et magnifique visuellement, ce Seizième printemps emporte par son cachet raffiné et sa poésie. Une très belle réussite !

Moyenne des chroniqueurs
8.0