Complainte des Landes perdues 11. Lord Heron

S ioban est attendue au château de son oncle paternel, Lord Heron. Accompagnée de Seamus, l’héritière des Sudenne détourne sa chevauchée afin d’observer les portes du gardien. Celles que seule une âme digne d’entrer dans la légende pourra franchir. Le visage dissimulé sous une robe de bure, le garant des lieux laisse passer un seigneur de guerre contre un mois de sa vie. Malgré les coups de butoir, les deux battants de bois demeurent. Après cet échec cuisant, le puissant guerrier exige de récupérer les jours qu’il a imprudemment concédés. Lorsque soudain, Sioban intervient ! L’entité qui surveille le seuil venait juste de goûter sa peau de sa langue fourchue lui révélant, par la même, le mal tapi dans son sang.

Les chants des Sudenne sur les terres brumeuses de l’Eruin Delua sont de retours. Animant la chanson de geste avec passion, Jean Dufaux ravive la magie noire qui brûle les landes perdues. Alors que le cycle des origines est en cours de parution, le scénariste a ressenti le besoin irrépressible de conter les péripéties de Sioban et ses faits d’armes retentissant qui oscillent entre mythe et folklore.

Ce quatrième arc permet donc à l’auteur de renouer avec son héroïne tout en approfondissant les enjeux de son royaume. Précisément, Lord Heron, le frère du Loup Blanc, désire marier sa fille unique, la belle Aylissa. Celle-ci est cachée aux yeux du monde, en raison de ses accès de folie. Seulement, sa croupe permettrait d’apaiser davantage l’île pour, peut-être un jour, ne former plus qu’un clan indissociable. Ainsi, sur fond de jeu de pouvoir, ce tome de présentation combine subtilement les intrigues de cour au fantastique. La plume de l’écrivain diffuse alors habilement une touche de féerie paraissant anodine, mais donnant un climat singulier à cette saga protéiforme. Si l’ouvrage s’offre sans peine aux plaisirs de nouveaux lecteurs, les ramifications entre les divers couplets de la complainte ne sont pas inexistants. Et ce n’est pas le facétieux Cryptos qui entonnera le contraire !

Aux crayons, Paul Teng endosse la tunique portée par ses prédécesseurs sans leur faire offense. Il trouve les courbes et les mimiques adéquates à son style minutieux et aux envoûtantes personnalités narrées depuis 1993. Son étude de Seamus, le chevalier du Pardon est absolument réussie. L’artiste souligne également aisément la période médiévale en usant de tout un bagage iconographique qui appartient à la culture populaire - le mobilier en massif épais, les manuscrits poussiéreux, les belles robes des courtisanes, les cheminées colossales ou encore la pierre de taille. Il participe par ailleurs à l’ambiance surnaturelle en alignant, à l’arrière des vignettes, des roches gravées ou en représentant des cromlechs énigmatiques. La palette froide de Bérengère Marquebreucq accompagne les errances sur cet îlot mystérieux. À coup sûr, l’atmosphère nébuleuse de ces contrées aurait mérité davantage de grisaille et de brouillard. Néanmoins, ses gammes de couleurs uniformisent le récit et dépeignent autant l’humidité de cette province que la chaleur de l’âtre des nantis.

Lord Héron, le premier épisode du cycle Les Sudenne
Se découvre magmatique et sombre à l’instar de l’obsidienne.
Aussi, hardis combattants initiés aux terribles arcanes,
n’entendez-vous point poindre le mal sous la poitrine de Sioban.
De son cri glacial à son regard de feu, tout concours au tragique destin.
Que nul n’oublie, la complainte tenue en ses mains !

Moyenne des chroniqueurs
7.0