War and Peas 1. Des sorcières et des hommes

Q uel est le point commun entre une rouquine à fort caractère, deux jules à la fois en couple et en parfait désaccord, un robot éprouvant des sentiments à l’égard de sa créatrice, un jeune skateur décédé hantant ses proches sous un drap blanc, un célibataire disposant d’un joli derrière, la mort qui interroge sa vocation, un chien pirate et astronaute, des renifleurs anonymes, des chats agressifs, un dragon mathématicien ou encore une enchanteresse coquine ? Évidemment, c’est War and Peas ! - Comprenez Guerre et petit pois : une référence mi-littéraire et mi-gastronomique, quand l’écrivain russe Léon Tolstoï rencontre les conserveries qui alimentent chichement les repas estudiantins !

Depuis 2011, Elizabeth Pich et Jonathan Kunz publient un strip sarcastique par semaine sur le réseau social Instagram (accessible via le compte @war.and.peas). Le succès est immédiat. Les internautes y décèlent un humour caustique. Les saynètes mettent en place une galerie de personnages aussi variés que loufoques. Bref, le lectorat anglophone s’attache à ces antihéros qui évoluent au gré d’une trame générale à peu près insondable. Le frenchie Benjamin Garcia s’amourache lui aussi de la version originale. Et rapidement, il obtient le titre de traducteur officiel pour la langue de Molière. Sa présente collaboration avec la maison First édition poursuit l’objectif de populariser le phénomène en étendant le public cible aux moins connectés des amateurs de bande-dessinée. Présenté dans un format souple et carré, le florilège s’avère éclectique et non-sensique. Un régal !

Hormis le travail de hachures, l’influence de Tom Gauld (Vous êtes jaloux de mon jetpack, Le département des théories fumeuses, En cuisine avec Kafka) est palpable – la simplicité de la copie rendue, l’absence d’émotion des divers protagonistes et les conversations absurdes sont en effet autant d’artifices associés à l’œuvre du dessinateur de presse écossais. Pich et Kunz, les illustrateurs nord-américains développent également un graphisme épuré. Leur billet prend la forme d’un instantané exempt de fioriture où le décorum est réduit à la portion congrue. Une poignée de traits permettent de distinguer une scène en plein désert, d’un dialogue en intérieur. Les interprètes sont étirés et surmontés d’une tête ronde. Les visages possèdent simplement des billes noires (et une moustache pour l’un des Bob !).

La mise en couleur est à l’avenant, dépourvue de dégradé ou d’effet de matière. Elle donne corps à une esquisse en identifiant promptement un lieu et les objets utiles à la chute, sans apporter de plus-value artistique.

Des sorcières et des hommes n’entreprend pas la revisite de John Steinbeck (Des souris et des hommes, 1937), ni sa parodie d’ailleurs. Moins élitiste et plus spontanée, la publication de First édition va néanmoins vous arracher quelques rires. Parole de chroniqueur !

Moyenne des chroniqueurs
6.0