Le clan de la rivière sauvage 1. L'Œil du serpent

A nacharsis de Blancherive pratique le métier de conteur ambulant. Le troubadour va d’un village à l’autre pour enflammer les imaginations, spécialement celles de Zaki, Choco et Mélie, qui forment le clan de la rivière sauvage. Le trio rêve de voyages et de péripéties... pas tous, car certains, plus timorés, ne voudraient pas rater le goûter, particulièrement si maman fait des gaufres. Les plus audacieux sont cependant servis. Alors que la réalité et la fable se confondent, ils vivent une véritable histoire de pirates.

Dans L’œil du serpent, Régis Hautière reprend les prémisses du roman d’aventure pour enfants en recrutant une poignée de personnages archétypaux : le froussard, le téméraire et la pimbêche, néanmoins gentille quand elle ne subit pas la mauvaise influence de sa copine. Le canevas est celui d’un récit comme il y en a beaucoup, avec mystère et enquête, mais les choses se compliquent alors que les trames narratives se superposent et se contaminent. Le jeune bibliophile devra donc demeurer attentif et parfois relire certains passages.

Au-delà de l’anecdote, l’auteur de La guerre des Lulus propose une réflexion sur la littérature. Il interpelle fréquemment le bouquineur, par exemple pour lui dire : « Bien… nos principaux protagonistes sont entrés en scène. Il y en aura d’autres, rassurez-vous, mais leur présentation peut attendre ». Il présente les attributs de la fiction, ses codes et les ingrédients avec lesquels travaillent les écrivains. Ces considérations sont facilement identifiables, puisque toujours présentées dans des cartouches crème. Le scribe rappelle également que l’homme de lettres a le droit de choisir une fin ouverte… et le lecteur celui de compléter la narration. Enfin, et surtout, il souligne l’importance des légendes qui façonnent les cultures et les gens. Après tout, sans elles, rien ne serait tout à fait pareil.

Le style de Renaud Dillies est reconnaissable entre tous avec son trait d’une belle élégance et ses hachures créant d’intéressants jeux d’ombres. Comme à l’habitude, ses acteurs adoptent une forme animale. Cela dit, il n’y a pas que des bêtes dans cet album. Prenant à contre-pied les conventions, il statue que son univers est habité par des oursons, des poussins et des créatures imaginaires, mais dans les contes ils sont tous humains ; l’astuce se révèle tout de même amusante. Les couleurs en aplat de Christophe Bouchard apparaissent lumineuses. Souvent décalées, elles renforcent le côté onirique du projet. Ainsi, les nuages peuvent se dévoiler orange et le ciel vert ; et ce dernier changer plusieurs fois de teinte au cours d’une même séquence, sans que cela soit choquant.

Le clan de la rivière sauvage s’annonce comme une grande série. Sous ses allures enfantines, le propos se montre exigeant et intelligent. Parions qu’il se fera une place dans les classes de CM2 et, pourquoi pas, au collège.