Sideshow 1. Charly

I l n’y avait pas grand monde de présent lors des funérailles de Charly. Personne en vérité, sauf cette fille, Trixie et ce vieil homme un peu mystérieux avec ses faux airs de magicien fatigué. Ils ont quand même pris le temps de boire un verre en mémoire du disparu. Un gars étrange le Charly, n’est-ce pas ? Un peu comme l’époque me direz-vous. En y repensant, il menait vraiment une drôle vie. Sans compter que son boulot de « protecteur » et cette histoire avec la fillette qui l’accompagnait… Kidnapping ou affaire de famille compliquée ? Va savoir.

Classique, mais pas dénuée de nombreuses surprises, l’intrigue concoctée par Corbeyran dans Sideshow se montre prenante et engageante. Un contexte bien posé (les USA du premier tiers du XXe siècle), des personnages aux multiples facettes, un soupçon de fantastique qui pourrait bien ne pas en être et ce qu’il faut d’action et de rebondissements, le scénario est des plus copieux, sans être indigeste heureusement. Résultat, hormis quelques défauts secondaires comme une dramaturgie qui peine à s’installer et une tendance à l’explication de texte quasiment pontifiante sur la normalité et le respect des différences, ce tome inaugural pose des bases solides à un récit ne demandant qu’à se développer. Sans bouleverser ou réinventer les codes de la bande dessinée, Charly se pose en un parfait compromis entre l’esprit de la collection Vécu par son ancrage historique et l’énergie des productions des Netflix© du moment. En bonus, les amateurs de cinéma d’avant-guerre trouveront certainement leur bonheur en pistant les innombrables références au septième Art semées au fil des pages.

Aux pinceaux, Emmanuel Despujol illustre avec une certaine autorité ce thriller à la frontière des genres. Le trait réaliste bien posé est parfaitement secondé par les couleurs riches et enveloppantes de Fabien Alquier. Celles-ci plongent les protagonistes dans des atmosphères évocatrices lourdes de conséquences. Autre force du dessinateur, le découpage très travaillé (planches ouvertes, incrustations de cases, etc.) apporte énormément de rythme et d’ampleur à la narration. De plus, outre les clins d’œil cinématographiques déjà mentionnés, l’artiste a parsemé ses illustrations de références picturales de la même période (Edward Hopper en premier lieu, mais pas que).

Inventif autant sur le fond que la forme, Sideshow est une découverte enthousiasmante. À l’heure des reboots et autre reprises de titres du passé, Corbeyran et Despujol démontrent qu’avec un peu d’imagination et ce qu'il faut de talent, il est possible d’apporter du neuf, même dans un genre très balisé.

Moyenne des chroniqueurs
7.0