Affamés - Les tribulations de Hum ? & Wouaf ! dans un monde inconnu 1. Volume 1

D eux compères se réveillent un matin sur un rivage. Où sont-ils ? D’où viennent-ils et, d’abord, qui sont-ils ? Eux-mêmes n’en savent rien puisqu’ils ont perdu la mémoire ! Déconcertés, mais pas dénués d’un peu de bon sens, ils commencent à explorer le littoral et, rapidement, repèrent une fumée au loin. Ça fera toujours un objectif, surtout qu’il commence à faire faim et que le climat est plutôt frisquet.

Sous-titré Les tribulations de Hum? & Wouaf! dans un monde inconnu, Affamés rejoue la fable traditionnelle de l’étranger débarquant dans une contrée inconnue. Heureusement, pour pimenter son récit, Jean-Emmanuel Vermot-Desroches a ajouté à ce canevas mille fois déjà-vu quelques twists de son cru. Outre un duo de personnages désopilants (les discussions sans fin à propos de leur supposé rang social respectif sont hilarants) et un très intéressant travail sur le langage des habitants de cette étrange terre, le scénariste propose également une jolie réflexion sur l’autre et les différences culturelles (pas seulement gastronomique !). Rythmé et solidement construit, le scénario défile à une vitesse folle et finit par former un véritable album d’aventures, certes, un peu décalées, mais assez addictives. Ce résultat est à mettre au crédit d’une progression dramatique particulièrement maîtrisée, ainsi qu’à des dialogues à l’écriture soignée.

Visuellement, le dessinateur a choisi une double approche étonnante, mais parfaitement dans le ton de son histoire. En effet, il a associé un découpage et bestiaire animalier « classique » rappelant Donjon (évidemment) et, plus surprenant, Moomin de Lars Jansson, avec une mise en couleurs audacieuse. Du rose, du vert clair et du jaune pâle, cette palette façon layette donne à ces paysages beaucoup de douceur et, c’est sans doute le but de ce parti-pris chromatique, d’exotisme. À l’arrivée et après une petite période d’adaptation, l’ensemble fonctionne plutôt bien.

Passant en permanence de la farce drolatique à la limite de l’absurde à un cheminement quasi-philosophique, Affamés est une lecture réjouissante, pleine de trouvailles et de surprises.

Moyenne des chroniqueurs
6.0