Les 5 Terres 4. "La même férocité"

M ederion et Terys ont réussi leur coup. Le tigre et le lion, le Roi et son Ombre, ont étouffé la tentative de coup d'État, éliminé les rivaux, scellé une union qui rassure le peuple félin et par là même, ont marqué les esprits. Même Sameus, l'ancienne éminence grise, reste admiratif devant un tel talent politique. Mais le duo doit encore surmonter de nombreux obstacles pour que ses desseins se réalisent. Les étudiants qui s'organisent, le conseil qui compte ne perdre de poids malgré la purge, les désirs de la Reine-mère et la tentative d'évasion des otages... Rien n'est simple à Angleon. Et pas de nouvelle d'Astrelia, toujours en fuite.

En annonçant une nouvelle série de trente volumes (découpés en cinq cycles), David Chauvel-directeur de collection avait mis en émoi le microcosme de la bande dessinée à une époque où les maisons d'édition se montrent frileuses pour des sagas au long cours. Pour mener son projet à bien, David Chauvel-auteur s'est entouré d'un collectif capable de porter avec lui la charge d'une telle histoire tout en offrant un rythme de parution soutenu. Douze mois et quatre albums plus tard, force est de constater que l'équipe mène sa barque avec brio. Andoryss et Patrick Wong, qui complètent le trio de scénaristes, animent un casting pléthorique où les destins s'entrecroisent et les rebondissements ne manquent pas. Côté graphique, Didier Poli se charge du chara-design*, tandis que Jérôme Lereculey s'occupe du dessin** et Dimitry Martinos des couleurs.

Avant ce quatrième opus, le public y voit déjà plus clair ; les forces en présence sont connues, leurs rapports établis et leurs ambitions dévoilées. Moins frontales que précédemment, les révélations n'en perdent pas pour autant en force. Amenées avec malice, elles enrichissent encore l'étendue des possibilités grâce à l'introduction de nouveaux protagonistes et des bouleversements, l'une des marques de fabrique de la série, qui en découlent. La prédominance belliqueuse des précédents tomes (notamment le troisième et la répression sanglante du putsch) laisse la place aux manigances royales pour asseoir un peu plus le pouvoir. La même férocité mérite tout de même son titre, car sous ses dehors calmes, ce sont toute la stratégie du nouveau souverain et son machiavélisme qui en constituent le trame centrale.

Un terrain moins propice aux mises en scène spectaculaires de Jérôme Lereculey, mais parfait pour qu'il varie les cadrages, les effets, joue sur le tempo ou, au besoin, appuie l'expressivité des protagonistes. Généreux dans ses décors et les lieux, il offre une qualité de détails, bien mise en valeur par une colorisation à propos et un joli travail sur la lumière, qui participent pleinement à l'immersion. Ainsi, ce savant mélange d'intrigues politiques et d'action, avec alliances et trahisons, carnages et passions, fait une nouvelle fois mouche. L'ébullition qui saisit le royaume ne semble qu'à ses balbutiements et si les plus avides de surprise pourront regretter deviner l'issue de certaines scènes, les raisons de rester accroché à cette fresque ne manquent pas.

S'il est toujours difficile de présager de la suite d'une série, Les 5 Terres offre désormais assez de matière pour juger de son présent. Passionnante, rythmée, ample dans ses développements, ses personnages et son univers, c'est définitivement une série à suivre !

NdC :
* terme emprunté au cinéma d'animation, c'est la contraction de character designer, concepteur de personnages.
** après avoir été épaulé par Lucyd sur les tomes 1 à 3 et Diane Fayolle sur les tomes 2 et 3, Jérôme Lereculey a repris seul l'encrage depuis le tome 4.

Moyenne des chroniqueurs
7.3