Les complotistes

K evin-Néo s’inscrit au cours Théorie et pratique de la mise en question, offert par Patrick Mulder au lycée Johnny Hallyday. L’adolescent est le seul élève dans cette classe animée par un professeur fantasque, adepte de toutes les conspirations : mort de Paul McCartney en pleine Beatlemania, attentats new-yorkais en 2001, sans oublier que la Terre est plate. Les élites économiques et politiques cachent des choses au peuple, c’est bien connu.

Avant tout enseignant, Fabrice Erre est inspiré par son milieu. L’album évoque d’ailleurs un manuel scolaire alors que chacun des vingt-et-un chapitres est constitué d’un exposé magistral, suivi d’exercices loufoques composés par Jorge Bernstein. Le scénariste tourne en dérision les différentes affabulations, tout en en démontrant les mécanismes, notamment dans un segment intitulé Fabriquer un complot ? Facile !

L’humour porte généralement un regard sur son époque. Le ton des Complotistes se révèle certes badin, le lecteur devine toutefois le désarroi du pédagogue se levant tous les matins pour enseigner la géographie et l’histoire, tout en étant conscient qu’une partie de ses protégés mettra rigueur et esprit critique de côté pour chercher la vérité dans des sites internet bidons où le quidam découvre, preuves à l’appui, que Barack Obama est un reptilien et que l’homme n’a jamais marché sur la Lune.

L’ouvrage repose sur un dessin caricatural simple, mais efficace et expressif. Les décors se montrent habituellement inexistants et les leçons toutes divisées de la même façon, à savoir quatre planches accueillant chacune neuf cases réparties sur trois bandes. Le message étant dépouillé d’artifices graphiques, toute l’attention du bédéphile est concentrée sur les acteurs et les dialogues.

Une réflexion légère et habile sur un phénomène en expansion.

Moyenne des chroniqueurs
6.0