La couronne de verre 1. Plus peine que gloire

L e 16 septembre 1380, Charles V s’éteint, conscient que son héritier n’est qu’un enfant et que ses propres frères vont chercher à tirer avantage de la situation. Au moins laisse-t-il à son rejeton un royaume apaisé, des caisses pleines et un appui en la personne de son ami, le chambellan Bureau de la Rivière. Mais le corps du défunt n’est pas encore en terre que, déjà, les oncles du nouveau roi entrent en lice. Si Jean de Berry et Philippe de Bourgogne s’empressent de prêter allégeance à leur neveu, ils s’imposent au conseil. De son côté, le duc d’Anjou fait main basse sur le trésor royal pour entreprendre de lointains projets. Isolé, le jeune monarque se trouve pris dans un étau, forcé de rétablir un impôt impopulaire et d’éloigner l’ombre d’une guerre. En qui pourrait-il faire confiance ? Peut-être en cet écuyer breton débrouillard et volontaire, Tanneguy, arrivé dans les pas de son aîné, Guillaume Du Châtel ?

Alors que les lecteurs attendent la parution du septième et dernier tome du Trône d’argile, France Richemond s’est associée au dessinateur Tommasso Bennato et au coloriste Hugo Poupelin pour livrer un prequel prévu en cinq albums. Ouvrant cette nouvelle série historique, Plus peine que gloire se révèle aussi dense qu’intense et pose les jalons d’une intrigue qui s’annonce déjà riche et complexe. Avec talent, la scénariste parvient à dépeindre le contexte général, à définir les forces en présence, à relever les problématiques qui viennent progressivement nourrir l’action. Celle-ci s’intensifie d’ailleurs au fil des pages, pour culminer dans la révolte des Parisiens refusant d’être imposés. Elle permet également de montrer l’art délicat de gouverner qui impose de ménager les différentes factions, tout en essayant de préserver l’autorité monarchique. De plus, quoique nombreuses, les informations se glissent adroitement dans le propos par le biais de rappels clairement exposés qui éclairent d’autant mieux la difficulté des choix de gouvernance, ainsi que l’étroite marge de manœuvre possible. En outre, le récit met en avant deux gamins aux caractères très différents : d’un côté, il y a Charles VI, tout juste couronné, mais qui apparait très vite submergé par sa charge et les évènements, si ce n’est comme fragile ; de l’autre, se trouve Tanneguy, personnage marquant de la série-mère, qui s’avère déjà vif et tenace et que le lectorat aura plaisir à revoir dans ses années d’apprentissage.

Dans un style s’inscrivant dans la lignée de celui de Théo, Tommasso Bennato, (Mystic hearth, Le phare d’Alexandrie, L’homme qui voulut venger César) parvient à insuffler corps et vie aux divers protagonistes. En dépit de leur nombre, il réussit à conférer à chacun des caractéristiques qui facilitent leur reconnaissance. Assuré, son coup de crayon possède une expressivité appréciable et va de pair avec le soin apporté aux costumes et aux décors tant extérieurs qu’intérieurs. Le découpage bien agencé et la variété des cadrages assurent à la fois une bonne lisibilité et le dynamisme d’ensemble, et ce malgré une certaine densité. Cela fait oublier de rares rendus moins aboutis. Le travail d’Hugo Poupelin (Les rescapés d’Eden, Résilience) sur les couleurs rehausse le tout avec justesse et participe à créer des ambiances tantôt chaleureuses – au coin d’un feu -, houleuses – lors des querelles et des émeutes – ou majestueuses – lors du sacre et des conseils. Enfin, l’album est complété par un cahier expliquant sa genèse et la difficile transposition d’un morceau d’Histoire au format de la bande dessinée.

Documenté et bien mené, ce premier volet de La Couronne de verre se révèle captivant et augure une suite prometteuse. À lire !

Moyenne des chroniqueurs
6.7