Résumé: Anticipation à la vraisemblance suffocante, entre effondrement de la biodiversité et chaos politique, VEGA est le fruit choc de la rencontre de deux géants : le virtuose de l'illustration Yann Legendre, et Serge Lehman, le scénariste aux 6 Grand Prix de l'Imaginaire.
F
in du XXIe siècle, dans ce qui subsiste de la jungle indonésienne, Ann Vega découvre la dernière orang-outan ! Elle n’imaginait pas qu’en la ramenant avec elle, elle déchaînerait les passions et les tensions exacerbées par la Guerre sourde….
Dernier scénario en titre pour Serge Lehman qui cultive ici des terres qui lui sont chères et nouvelle incursion de Yann Legendre dans un genre qui ne lui est plus étranger depuis Flesh Empire
Vega est un album d’une simplissime évidence. Coté script, en habitué, le scénariste de Métropolis sait composer intelligemment avec les figures imposées de l’anticipation, jusqu’à n’en retenir que l’essentiel, en évitant soigneusement tout développement superfétatoire. La multitude des thèmes abordés est impressionnante et embrasse la cosmogonie Marvel, Star Trek, Carmen Mc Callum… mais il sait prendre à chacun ce dont il a besoin. En fin connaisseur du sujet, il choisit chaque référence avec soin, il ne s’agit pas de construire son récit sur l’accumulation, mais sur la pertinence. Cette rigueur se retrouve également dans le travail de Yann Legendre. Délicieusement vintage, mais terriblement contemporain dans sa géométrie des formes et des couleurs, son dessin emporte l’adhésion et fait corps avec un scénario écrit pour lui… D’ailleurs, plutôt que de dessin, il serait plus approprié de parler d’univers graphique, car l'ancien élève de l’institut d'art visuel d’Orléans livre ici une synthèse, au design maitrisé, de l’ensemble des disciplines (illustration, design, direction artistique...) qu’il étreint.
Vega aurait pu être une saga se déclinant en de nombreux tomes. Finalement, le parti de s’en tenir à cent soixante pages, certes superbes, mais par trop elliptiques, a été pris. Cela étant, l’ellipse requiert un certain savoir-faire et en la matière, Serge Lehman comme Yann Legendre sont des orfèvres.
La preview
Les avis
Arkadi
Le 15/02/2026 à 19:17:34
D’abord « Vega » possède un visuel surprenant. Il peut heurter, faire chavirer dans le déplaisir. Ce fut tout le contraire pour moi. Bien qu’il me fallût un temps d’adaptation pour l’apprécier à sa juste valeur. D’abord ce noir omniprésent qui fait le fond des planches, puis ces structures géométriques comme des formes mathématiques qui font l’action, les décors et les corps. Puis, il y a les gestes qui sont figés mais tant chaloupés. Tout y est atypique, curieux, insolite. Et cette proposition visuelle allégorique colle parfaitement au sujet.
Car Lehman va au plus simple, au plus direct pour construire une allégorie poétique. La narration ne se tracasse pas des détails. Il raconte plein fer. Et cette ligne rectiligne permet une plus grande explosion dans l’allégorie finale.
Et il en sort une vraie étrangeté de lecture malgré une histoire qui raconte très clairement son début, son milieu et sa fin. Et cette étrangeté est très plaisante, belle, surannée, nostalgique malgré la vision d’un futur bien dégueu et sans porte de sortie viable pour l’humanité. Et, surtout, cette vision du futur est très peu racontée ailleurs. Il y a une sensation de nouveauté aussi dans la narration. Et ça fait du bien aussi.
Bref, tout est neuf, authentique et surprenant. Et cette fraicheur, malgré le sujet mortifère jusqu’au final qui, lui, est lumineux, fait un bien fou !