Résumé: Une virée en Enfer...
Les vacances ! Enfin ! Baignades, promenades et rigolades, nous voilà ! Mais avant ça, il reste à surmonter la route et ses kilomètres de bitume. À bord du break Volvo, la famille tue le temps et les parents occupent leurs trois filles comme ils le peuvent. On plaisante, on joue, les paysages défilent et se transforment. Mila et Samantha, les deux plus jeunes, s'endorment rapidement. Jolène, l'aînée, pourrait prendre le volant afin de pratiquer sa conduite accompagnée, mais elle préfère une option plus tranquille : sa console portable. Les tunnels s'enchaînent et l'équipage roule désormais le long d'un lac vert turquoise entouré de falaises abruptes. Une ambiance étrange règne sur cette route. Le GPS a perdu son signal, l'heure du déjeuner approche et, cerise sur le gâteau, Samantha se réveille avec une envie pressante. Subitement, un bolide noir les dépasse à une vitesse phénoménale dans un vacarme assourdissant. La famille est sous le choc, d'autant qu'un deuxième les surprend à nouveau et stoppe à leur hauteur. Une silhouette noire et casquée s'extrait du véhicule en hurlant des paroles insensées. Les trois soeurs sont effrayées par ce chauffard délirant semblant tout droit sorti des enfers. Ils n'en sauront pas davantage, car l'homme, distrait par la famille, se fait faucher par un 3e monstre de métal identique aux deux autres. Après quelques kilomètres parcourus prudemment, les passagers du break Volvo doivent se rendre à l'évidence : ils sont perdus et pris au piège au beau milieu d'une poursuite infernale...
Après Lastman, San-Antonio et Banana Sioule, Michaël Sanlaville revient avec un thriller psychologique sous haute tension. Sa narration limpide et nerveuse nous plonge cette fois dans un huis clos mécanique façon Mad Max qui, passé la puissance visuelle, vire au drame familial façon Spielberg. Excusez du peu et attachez votre ceinture !
Après la superbe trilogie Banana sioule, Michael Sanlaville revient tout en couleur avec un gros one-shot présenté comme un « conte mécanique ». Habitué à une mise en scène extrémisée et dynamique et à des délires pop qui ne connaissent pas la censure, l’auteur lyonnais étonne avec ce qui semble son ouvrage le plus personnel. Car sous couvert d’un faux Duel c’est plutôt un récit d’horreur psychologique au sein d’une famille que nous sommes conviés. Les trente premières pages tissant magnifiquement une fausse tension de la normalité tirée des récits d’horreur, la première bascule laisse sur sa faim. Après une belle mise en place on ne sait en effet pas bien ce que l’on lit et l’auteur évite chaque occasion de bifurquer dans le fantastique, l’action motorisée ou le carrément trash.
Avec une cellule familiale très bien présentée et de très bons dialogues, on sent que son objectif est plutôt une étude réaliste des réactions psychologiques de chacun face à des chocs. Sur ce plan le sujet est remarquablement tenu, y compris après la très surprenante seconde bascule qui semble référencée dans un énigmatique texte de post-face. A contrario le côté absurde reste sans voix, sans explications ni utilisation de ces pilotes fous pourtant suffisamment mystérieux pour donner envie de les poursuivre.
Avec une conclusion très dure et en suspens, sans explication sur cette (mes)aventure, Michael Sanlaville égare quelque peu ses lecteurs en les laissant en grande frustration. Techniquement très maîtrisé bien que très modeste graphiquement eu égard à ce qu’il a montré sur ses précédents albums, Tunnels semble une promesse inaboutie, probablement courageuse mais dans laquelle il sera compliqué de satisfaire les attentes. Il sera préférable de monter à bord sans idée préconçue.
Lire sur le blog:
https://etagereimaginaire.wordpress.com/2026/01/07/tunnels/