Le 12/01/2026 à 16:14:43
Voici une relecture en images de la fameuse Trilogie Berlinoise, quand Philip Kerr nous entraînait aux côtés du détective Bernie visiter les sombres coulisses du Berlin nazi. Avec fidélité au texte original, ces deux premiers albums de Pierre Boisserie et François Warzala redonnent une nouvelle jeunesse à ces polars devenus légendes. Ah la Trilogie Berlinoise ! Quel amateur de polars n'a jamais eu cette série culte entre les mains ? Une série qui a même désormais ses pages Wikipedia. On l'avait découverte à sa réédition en 2008 (même si les premières éditions en français dataient des années 90) et les enquêtes de Bernie Gunther dans le Berlin nazi venaient à point nommé pour nous sortir du matraquage marketing autour d'une autre saga culte, celle du suédois Stieg Larsson avec Millénium : au début des années 2000, le rayon polar envahissait les tables grand public des libraires. Près de vingt ans plus tard, nous sommes de nouveau bien gâtés avec cette adaptation en BD, particulièrement réussie. Deux albums sont disponibles (aux éditions Les Arènes) qui correspondent aux deux premières novellas de la trilogie. L'été de cristal est sorti en novembre 2021 et La pâle figure en avril 2025. Le scénario de Philip Kerr est adapté par Pierre Boisserie, un habitué des intrigues historiques, et les dessins sont signés François Warzala. Le personnage clé de cette série c'est bien entendu le flic Bernie Gunther. Selon les époques et les épisodes, on le retrouve tantôt flic à la Kripo (la KriminalPolizei du Reich dont le siège - l'Alex - se trouve Alexander Platz au centre de Berlin), tantôt comme simple détective privé, ou même détective du célèbre hôtel Adlon. Un amateur de jolies femmes et de bons alcools, aussi désabusé qu'impertinent, qui peut évoquer un Philip Marlowe ou un Nestor Burma. Dans les années 30 il était bien difficile de ne pas composer avec le pouvoir nazi et Bernie est un personnage complexe, qui se permet de côtoyer les figures les plus emblématiques du Reich (les Göring, les Himmler, les Heydrich, ... l'auteur était plus soucieux de pédagogie que de vraisemblance). Heureusement son humour grinçant et sarcastique lui permet de garder ses distances en évitant une trop grande compromission avec les nazis. « - Avez-vous lu Mein Kampf ? - Ce vieux bouquin qu'ils distribuent aux jeunes mariés ? Pour moi, c'est la meilleure raison que j'ai trouvée de rester célibataire. » « La seule raison pour laquelle il n'y a pas de miroir dans les toilettes de l'Alex, c'est pour que personne ne soit obligé de se regarder en face. » « Au fond, le plus surprenant dans tout ceci était ma capacité à être encore surpris par ce qui se passait en Allemagne. » Ce qui lui vaudra également quelques dangereuses inimitiés. Bernie essaie de surnager dans ces eaux nauséabondes en égratignant au passage tous les profiteurs du nouveau régime. « - Pour quelle raison avez-vous quitté la Kripo ? L'avez-vous quittée de votre propre chef, d'ailleurs ? [...] - C'est moi qui suit parti. Je ne suis pas national-socialiste, et si vous n'êtes pas avec eux, vous êtes contre eux. Alors ils se seraient débarrassés de moi de toute manière. [...] - De nos jours, j'enquête sur les disparitions, en forte hausse depuis que les nationaux-socialistes sont au pouvoir. - Ne fais pas attention à ce que dit Bernie, il a parfois un humour déroutant. » Le premier épisode, L'été de cristal, se déroule en 1936 alors que l'Allemagne prépare les JO de Berlin, en pleine ascension du parti National-Socialiste. Le titre en VO (March violets) évoque « les violettes de mars », lorsque fleurirent toutes les adhésions "spontanées" à ce parti nazi sans qui les affaires ne peuvent prospérer et le trafic pour obtenir un "petit" numéro d'adhérent prouvant ainsi sa longue fidélité à la nouvelle doctrine en vogue. À la demande d'un riche patron, le détective Bernie enquête sur le meurtre de sa fille et de son gendre nazi. Le second album, La pâle figure (le titre fait référence à Nietzsche), nous amène en 1938 alors que l'Allemagne envahit les Sudètes. Le privé a réintégré la police officielle, pour un temps, et part sur les traces d'un serial killer ... et sur celles de la propagande qui prépare la nuit de cristal ... Une fois que tout le contexte a été mis en place dans le premier tome, ce second épisode est encore plus fluide et l'intrigue, bien homogène, bien rythmée, en est encore plus captivante. Il nous reste à attendre impatiemment le prochain épisode qui devrait reprendre Un requiem allemand : 1947, la guerre est enfin terminée et Vienne est devenue un nid d'espions. Le texte de cette BD assez bavard (notamment avec le monologue intérieure de Bernie en voix off) et reste particulièrement fidèle au bouquin de Philip Kerr, souvent mot pour mot. Les enquêtes policières ne sont que le prétexte à une visite guidée très complète de l'Allemagne nazie et chaque épisode met en scène des événements bien réels. La série de Philip Kerr avait été abondamment surexploitée par les éditeurs et s'était un peu usée au fil du temps : ces albums tombent à pic pour donner un petit coup de renouveau à ces intrigues qui sont restées passionnantes et surtout très instructives. Il est vraiment plaisant de se livrer à cette relecture de ces grands classiques. Même si ces albums peuvent toutefois se lire sans connaître l'original, je pense, et donneront peut-être envie de s'y (re-)plonger. Le dessin de Warzala est celui d'une ligne claire franco-belge très pure qui rappelle Blake et Mortimer, et dont le trait un peu désuet convient parfaitement à cette reconstitution des années 30. Dessin et mise en page restent plutôt sages pour laisser toute sa place au récit.Le 12/01/2026 à 16:14:43
Voici une relecture en images de la fameuse Trilogie Berlinoise, quand Philip Kerr nous entraînait aux côtés du détective Bernie visiter les sombres coulisses du Berlin nazi. Avec fidélité au texte original, ces deux premiers albums de Pierre Boisserie et François Warzala redonnent une nouvelle jeunesse à ces polars devenus légendes. Ah la Trilogie Berlinoise ! Quel amateur de polars n'a jamais eu cette série culte entre les mains ? Une série qui a même désormais ses pages Wikipedia. On l'avait découverte à sa réédition en 2008 (même si les premières éditions en français dataient des années 90) et les enquêtes de Bernie Gunther dans le Berlin nazi venaient à point nommé pour nous sortir du matraquage marketing autour d'une autre saga culte, celle du suédois Stieg Larsson avec Millénium : au début des années 2000, le rayon polar envahissait les tables grand public des libraires. Près de vingt ans plus tard, nous sommes de nouveau bien gâtés avec cette adaptation en BD, particulièrement réussie. Deux albums sont disponibles (aux éditions Les Arènes) qui correspondent aux deux premières novellas de la trilogie. L'été de cristal est sorti en novembre 2021 et La pâle figure en avril 2025. Le scénario de Philip Kerr est adapté par Pierre Boisserie, un habitué des intrigues historiques, et les dessins sont signés François Warzala. Le personnage clé de cette série c'est bien entendu le flic Bernie Gunther. Selon les époques et les épisodes, on le retrouve tantôt flic à la Kripo (la KriminalPolizei du Reich dont le siège - l'Alex - se trouve Alexander Platz au centre de Berlin), tantôt comme simple détective privé, ou même détective du célèbre hôtel Adlon. Un amateur de jolies femmes et de bons alcools, aussi désabusé qu'impertinent, qui peut évoquer un Philip Marlowe ou un Nestor Burma. Dans les années 30 il était bien difficile de ne pas composer avec le pouvoir nazi et Bernie est un personnage complexe, qui se permet de côtoyer les figures les plus emblématiques du Reich (les Göring, les Himmler, les Heydrich, ... l'auteur était plus soucieux de pédagogie que de vraisemblance). Heureusement son humour grinçant et sarcastique lui permet de garder ses distances en évitant une trop grande compromission avec les nazis. « - Avez-vous lu Mein Kampf ? - Ce vieux bouquin qu'ils distribuent aux jeunes mariés ? Pour moi, c'est la meilleure raison que j'ai trouvée de rester célibataire. » « La seule raison pour laquelle il n'y a pas de miroir dans les toilettes de l'Alex, c'est pour que personne ne soit obligé de se regarder en face. » « Au fond, le plus surprenant dans tout ceci était ma capacité à être encore surpris par ce qui se passait en Allemagne. » Ce qui lui vaudra également quelques dangereuses inimitiés. Bernie essaie de surnager dans ces eaux nauséabondes en égratignant au passage tous les profiteurs du nouveau régime. « - Pour quelle raison avez-vous quitté la Kripo ? L'avez-vous quittée de votre propre chef, d'ailleurs ? [...] - C'est moi qui suit parti. Je ne suis pas national-socialiste, et si vous n'êtes pas avec eux, vous êtes contre eux. Alors ils se seraient débarrassés de moi de toute manière. [...] - De nos jours, j'enquête sur les disparitions, en forte hausse depuis que les nationaux-socialistes sont au pouvoir. - Ne fais pas attention à ce que dit Bernie, il a parfois un humour déroutant. » Le premier épisode, L'été de cristal, se déroule en 1936 alors que l'Allemagne prépare les JO de Berlin, en pleine ascension du parti National-Socialiste. Le titre en VO (March violets) évoque « les violettes de mars », lorsque fleurirent toutes les adhésions "spontanées" à ce parti nazi sans qui les affaires ne peuvent prospérer et le trafic pour obtenir un "petit" numéro d'adhérent prouvant ainsi sa longue fidélité à la nouvelle doctrine en vogue. À la demande d'un riche patron, le détective Bernie enquête sur le meurtre de sa fille et de son gendre nazi. Le second album, La pâle figure (le titre fait référence à Nietzsche), nous amène en 1938 alors que l'Allemagne envahit les Sudètes. Le privé a réintégré la police officielle, pour un temps, et part sur les traces d'un serial killer ... et sur celles de la propagande qui prépare la nuit de cristal ... Une fois que tout le contexte a été mis en place dans le premier tome, ce second épisode est encore plus fluide et l'intrigue, bien homogène, bien rythmée, en est encore plus captivante. Il nous reste à attendre impatiemment le prochain épisode qui devrait reprendre Un requiem allemand : 1947, la guerre est enfin terminée et Vienne est devenue un nid d'espions. Le texte de cette BD assez bavard (notamment avec le monologue intérieure de Bernie en voix off) et reste particulièrement fidèle au bouquin de Philip Kerr, souvent mot pour mot. Les enquêtes policières ne sont que le prétexte à une visite guidée très complète de l'Allemagne nazie et chaque épisode met en scène des événements bien réels. La série de Philip Kerr avait été abondamment surexploitée par les éditeurs et s'était un peu usée au fil du temps : ces albums tombent à pic pour donner un petit coup de renouveau à ces intrigues qui sont restées passionnantes et surtout très instructives. Il est vraiment plaisant de se livrer à cette relecture de ces grands classiques. Même si ces albums peuvent toutefois se lire sans connaître l'original, je pense, et donneront peut-être envie de s'y (re-)plonger. Le dessin de Warzala est celui d'une ligne claire franco-belge très pure qui rappelle Blake et Mortimer, et dont le trait un peu désuet convient parfaitement à cette reconstitution des années 30. Dessin et mise en page restent plutôt sages pour laisser toute sa place au récit.Le 14/12/2025 à 08:02:10
Cette série nous entraîne dans l’Allemagne de 1936 alors dominée par le parti national-socialisme avec Hitler comme chancelier. On se situe en pleine période des jeux olympiques qui devaient être le reflet publicitaire de la grande Allemagne. Nous suivons surtout un détective privé spécialisé dans les disparitions qui étaient malheureusement très répandues en ces temps troublés. On sent la préparation à la guerre et l'épuration ethnique qui commence malheureusement en s'attaquant aux juifs et aux homosexuels. Je n'avais encore jamais lu une BD à la fois historique mais qui se présente comme une enquête policière avec tous les codes du genre. Il est vrai que la toile de fond est quand même très particulière. On se rend compte qu'il y a différentes factions qui luttent pour le pouvoir en interne et qu'on peut très vite disparaître même si on a la foi en Hitler. Notre détective ne goûte guère à cette idéologie nauséabonde et toute la difficulté est de voir comment il parvient malgré tout à progresser dans son enquête en déjouant les pièges tendues par exemple par la Gestapo. C'est vrai que c'est très dense et particulièrement bavard mais ce n'est pas pour ne rien dire. J'ai vraiment apprécié cette immersion totale dans le 3ème Reich avec cette singularité du polar. Je ne peux que recommander cette adaptation en BD du chef d’œuvre de Philip Kerr. Je tiens également à remercier mon collègue Antoine qui m'a gentiment prêté cette BD dans l'espoir qu'elle me plaise ce qui n'est jamais évident. Le voilà rassuré !Le 14/07/2025 à 08:10:26
Cela fait bien longtemps que j’ai lu le roman l’été de cristal. Autant dire que je n’avais plus aucun souvenir de l’intrigue mais j’avais gardé le souvenir de cette atmosphère poisseuse de corruption et d’angoisse d’un 3e Reich qui s’installe encore et cache sa vraie nature le temps des jeux olympiques. Il faut dire que j’ai depuis lu d’autres aventures du privé Bernie Gunther. Je redécouvre donc cette histoire alambiquée peuplée de femmes mystérieuses, de notables aux affaires louches et d’hommes de main à la gâchette facile alors que les flics, corrompus ou dévoués à l’idéal nazi quand ce n’est pas les deux, ont plus important à faire que protéger la population. Du vrai polar hard boiled à l’ancienne dans lequel on ne peut plus faire de pose une fois pris par l’intrigue. Le dessin quant à lui surprend. En adoptant un style ligne claire qui rappèlera forcément Hergé, les auteurs vont à contre courant de ce qui se fait de nos jours, donnant à ce livre un petit côté vintage et intemporel. Un choix artistique qui finalement donne la priorité à l’intrigue plutôt qu’à l’univers sombre de l’Allemagne nazie.Le 13/01/2024 à 09:43:22
Un dessin et une "voix off" à la Black et Mortimer, un détective au cynisme à la Tyler Cross, le tout sur le fond historique de la montée du nazisme dans les années 30 en Allemagne. Tout est donc réuni pour une note de 4 ou 5étoiles! Je ne mets que 3 car j'ai trouvé, même si tout est intéressant, l'histoire un peu longue et surtout une multiplication de personnages qui m'a perdu par moment. Pour moi, la BD doit rester un moment récréatif. Si en permanence il faut revenir en arrière pour se rappeler qui est qui et pourquoi on en parle là, ça casse un peu mon plaisir. Je ne connais pas le roman éponyme, peut-être aurait-il fallu s'en écarter un peu pour condenser l'action. Très bonne BD cependant.Le 11/12/2021 à 14:51:33
Berlin 1936. Cela s’agite beaucoup dans la ville de Berlin… Les jeux olympiques approchent. Les SA vont même jusqu’à enlever les panneaux qui stigmatisent les juifs ! C’est-y pas beau, ça ? Mais… Tout le monde ou presque devient nazi… Pas Bernie Gunther qui a quitté ses fonctions de policier à la Criminelle, persuadé que s’il ne s’en allait pas de lui-même, les nazis le mettraient à la porte à grands coups de bottes au cul (oui, mais des bottes bien cirées, tout de même). Le voilà donc détective privé. Après une soirée de mariage bien arrosée, en sortant de la salle des fêtes, il est invité à rencontrer un avocat qui le conduit chez un monsieur fort riche, Herr Doktor Hermann Six. La fille de ce dernier et son beau-fils sont morts brûlés dans leur maison. Ce n’est pas seulement l’assassin que doit retrouver notre brave inspecteur… Il y a aussi des bijoux de très grande valeur qui ont disparu… Critique : J’avais adoré la trilogie berlinoise de Philip Kerr… Alors, la retrouver en BD… Est-ce une bonne ou une mauvaise surprise ? Levons tout de suite le voile pudique sur cette angoissante question ! Le choix des auteurs pour un dessin ligne claire nous replonge des décennies en arrière quand ce style était omniprésent dans la bande dessinée franco-belge… Et c’est une magnifique réussite car cela contribue à nous ramener en 1936. Les couleurs dans les tons bruns ou beiges majoritaires participent pleinement à cette ambiance rétro. Les rares couleurs plus vive étant strictement réservées aux robes des jolies femmes. Quant au scénario, il met parfaitement en place la manière d’enquêter d’un Bernie Gunther, personnage sarcastique qui ne se fait plus guère d’illusions sur le genre humain, légèrement alcoolique, dragueur impénitent, antinazi à une époque où il ne faisait vraiment pas bon l’être. Un homme qui n’a aucune antipathie envers les juifs, sentiment très en vogue à l’époque du petit Adolf… Mais rien pour non plus ! Il se fait que les juifs disparaissent à son époque et que l’essentiel de sa clientèle lui demandant de retrouver ses disparus, ils constituent l’essentiel de son gagne-pain. Hélas, le plus souvent, il n’a que des mauvaises nouvelles à annoncer… Aujourd’hui, nous savons bien pourquoi. Lorsqu’il démarre son enquête pour Herr Doktor Six, Bernie se rend vite compte que le gendre idéal était un nazillon plus que convaincu, un fanatique, que les disputes étaient KOLOSSALES entre Herr Six et son gendre, que la femme de celui-ci était devenue alcoolique et ne semblait jamais aussi heureuse que lorsque son mari était absent. Ajoutons que le gendre « idéal » avait dans sa poche des boucles d’oreille qui n’appartenaient pas à sa femme. Qu’ajouter de plus sinon que les fans de l’œuvre de Philip Kerr ne devraient guère être déçus par cette adaptation que je trouve géniale… Mais vous avez encore le droit de ne pas partager cette opinion… Pour l’instant… Profitez-en… Il se pourrait que cela ne dure plus très longtemps…BDGest 2014 - Tous droits réservés