Le 02/04/2026 à 05:19:24
Il est un peu dingue de ma part d’avoir quelque peu boudé ce titre jusqu’à ce qu’un collègue, passionné de BD, m’en parle en des termes très positifs. La couverture, d’ailleurs, ne m’avait pas franchement attiré au premier regard, mais comme on sait, l’apparence ne fait pas toujours le contenu. Ce roman graphique aborde la fameuse terre du Groenland, un territoire actuellement très convoité, dans un contexte historique situé à la fin du Moyen-âge. À cette époque, ce sont les derniers descendants des Vikings qui tentent de survivre dans un environnement rude, hostile, et peu accueillant, où chaque jour est une lutte pour la survie. Côté graphique, le style adopté est sobre mais efficace, parfaitement adapté à la rudesse des terres glaciales et pauvres du Groenland. Les dessins, volontairement dépouillés, mettent en avant le froid, l’âpreté du paysage, et l’atmosphère pesante de cette période tourmentée. La palette de couleurs, souvent dans des tons gris, bleus et blancs, renforce cette sensation de froid et d’isolement, tout en soulignant la dureté de la vie sur ces terres reculées. Le scénariste, quant à lui, s’inscrit dans une narration qui explore le mécanisme de la conquête du pouvoir par un individu fourbe, au cœur d’un psychodrame historique dense et captivant. La fusion entre le graphisme minimaliste et la complexité du récit permet de créer une atmosphère à la fois oppressante et immersive, où chaque plan contribue à renforcer la tension dramatique et la profondeur psychologique des personnages. En conclusion, cette BD, à la fois historique et psychologique, se distingue par son style graphique sobre mais évocateur, qui sert admirablement le récit. Elle offre une plongée saisissante dans un passé méconnu, où la lutte pour le pouvoir et la survie se mêlent dans un décor glacé et hostile. Une œuvre à découvrir pour tous ceux qui aiment les histoires riches en atmosphère, en stratégie et en psychologie, magnifiquement illustrée par un trait qui épouse parfaitement l’esprit de l’époque et du récit. Pour moi, c'est parfait d'où les 5 étoiles. Un bel ouvrage, dans tous les sens du terme.Le 21/08/2025 à 22:59:27
Chassé d'Angleterre suite à la perte d'une bataille pour le trône, un chevalier s'exile au Groenland ou il ne trouve que désolation et luttes entre ethnies rivales. Il vient en aide aux "chrétiens", se rend petit petit indispensable, puis à force de stratagèmes tous plus véreux les uns que les autres s'assoit enfin sur un trône. En attendant, c'est son rêve, de reconquérir la couronne d'Angleterre. Le pitch est intéressant, mais la réalisation est ratée. Les dialogues sont empoulés, l'histoire longue à démarrer. Ca se lit, ce n'est pas un mauvais album. Mais rien d'exceptionnel.Le 23/06/2025 à 20:06:03
Un album dense mais vide de sens. Comme le Groenland de l'époque en fait ! Dommage quand on connait l'excellent travail des auteurs... Un raté pour moi.Le 08/05/2025 à 00:03:13
Un album comme je les adore. Épais, maitrisé, abouti, crépusculaire, fascinant. Avec un personnage – messire Richard – qui porte littéralement l’ouvrage sur ses épaules bossues. Il semble qu’Alain Ayroles ait conçu « La Terre Verte » comme une continuité de » Richard III » de William Shakespeare. Il lui emprunte en tout cas une théâtralité pleinement assumée. D’abord, comme dans toute pièce classique, l’album se divise en 5 actes (et 26 scènes). Ensuite, autre procédé issu de l’art dramatique, Richard s’adresse par deux fois directement au lecteur, en le regardant dans les yeux, pour lui livrer ses pensées les plus inavouables. Exactement comme un comédien le ferait durant une représentation, pour se faire un complice du public. Enfin, qu’il soit affublé de son armure ou engoncé dans son manteau qui le fait ressembler à un corbeau, Richard n’est pas tant un homme qu’un « personnage », au sens littéraire du terme. Alain Ayroles et Hervé Tanquerelle en font une allégorie du Fléau. Comme Aguirre était « la colère de Dieu » dans le film de W. Herzog, Richard est une âme impénétrable dans un corps déformé, pour qui la fin justifie tous les moyens. Et dans son sillage, ce sont tous les protagonistes qui deviendront par le même biais les jouets du Destin. Ces dispositifs narratifs créent la juste distance pour vivre cette histoire sous l’angle de la geste. Car l’intention des auteurs est claire. Il ne s’agit nullement d’un récit historique mais bien d’une fable, dans laquelle le lecteur peut se laisser emporter librement, les yeux écarquillés et l’esprit ébaudi par tant de vilenie. Le scenario ne s’embarrasse d’aucune circonvolution inutile, ni de rebondissements alambiqués. Impitoyable, fluide et linéaire, la narration va crescendo pour se conclure sur un sommet de dramaturgie : un sujet devenu objet, prêt à s’effacer. Quelle plus belle métaphore de la vanité ? « La Terre verte » est une fresque habitée, une épopée obscure à la symbolique universelle et puissante. Alain Ayroles, inspiré par d’illustres références nous propose une saga terrifiante ; une de celles qu’on aurait pu se raconter jadis autour du feu pour conjurer la malédiction des hommes avides de pouvoir... Et le pire est que ces hommes-là existent toujours aujourd’hui. Car la soif de conquête est, et restera, inextinguible. Je présume que cet album ne fera pas l’unanimité. Il est peut-être trop sombre et trop châtié. Mais pour son scénario rigoureusement construit, pour son écriture dans ce français précieux qu’Alain Ayroles manie à merveille, pour son dessin d’une lisibilité exceptionnelle, qui je l’espère, consacrera enfin Hervé Tanquerelle comme le grand auteur qu’il est, « La Terre verte » est à mes yeux une bande dessinée brillante. Rajoutons que les couleurs de la talentueuse Isabelle Merlet sont également superbes. Dans un souci d’objectivité, je note toutefois deux défauts, parmi d’autres sans doute : la typographie de Tanquerelle n’est pas adaptée au style. Et, comme dans « Groenland vertigo », l’environnement est à mon avis sous-exploité. Avec quelques belles planches de paysages en plus, le Groenland de « La Terre verte » aurait pu devenir un personnage à part entière, antagoniste parfait de messire Richard…BDGest 2014 - Tous droits réservés