Résumé: Les journées de Jeshua, jeune propriétaire d'un salon de beauté, sont rythmées par les soins apportés à ses clientes. Coiffure, maquillage, manucure... Il prodigue attention et conseils avec douceur et bienveillance.
La nuit venue, c'est sur lui-même qu'il joue de sa magie. Travesti, il défile avec ses amis sur les trottoirs ou dans les bains publics.
L'arrivée d'une épidémie dévastatrice va bouleverser ce quotidien tranquille.
Jeshua va prendre la dure décision de transformer son salon de beauté en refuge pour malades et devenir le témoin silencieux de la violence sociale et des progrès inéluctables de la maladie.
Quentin Zuttion est un auteur confirmé. Il a reçu de nombreux prix dont le Fauve spécial jury jeunesse 2023 du FIBD pour Toutes les Princesses meurent après minuit. Deux de ses titres, Touchées et Toutes les Princesses meurent après minuit sont adaptés en film et court métrage. Salon de beauté est sa première adaptation d'un roman, celui de de Mario Bellatin (finaliste du prix Médicis étranger en 2000), pour lequel il a eu un véritable coup de coeur.
B
ienvenue au Salon de beauté. Ici tout est mis en œuvre par Jeshua, Alex et Isai, pour que les clientes oublient un peu leurs tracas et passent un bon moment en changeant de tête, avec un brushing, une couleur ou un simple rafraîchissement. Et la nuit venue, nos trois coiffeurs se parent de leurs plus beaux atours pour profiter de la fête ou satisfaire leur libido. Mais lorsque la rumeur d'une épidémie qui frappe avant tout la communauté homosexuelle se répand, tout change pour le trio. Et la vocation même du salon va en être bouleversée.
Quentin Zuitton (Drosophilia, La Dame blanche ou Toutes les princesses meurent après minuit, prix spécial du grand jury jeunesse du FIBD 2023) s'essaie à l'adaptation en transposant en bande dessinée Salon de beauté, le roman de Mario Bellatin. L'artiste le concède volontiers, en plus de la période et du ton, ce qui lui a plu dans l'écriture du roman est de parvenir à traiter de l'apparition du VIH sans jamais utiliser le mot sida. Mettre en images cette époque n'est pas chose aisée pourtant Quentin Zuitton y parvient avec talent, comme en témoigne son choix pour représenter le syndrome de sarcome de Kaposi et ses tâches brunâtres.
Alors que ses planches dégagent une belle sensualité notamment lors des scènes entre Alex et Isai ou Jeshua et le fils d'une cliente, les faits narrés exposent une cruelle violence. Celle d'une société qui invisibilise les malades et leur condition. Des soignants démunis face à cette nouvelle maladie aux médias qui n'en parlent pas réellement, tous se méfient, s'interrogent et mettent de côté ceux atteints de ce virus. Jeshua, lui, ne reste pas spectateur et transforme son salon de coiffure en mouroir pour les accompagner dans leurs derniers moments. Jusqu'à ce qu'à son tour...
À la fois poétique et glaçant, Salon de beauté ne laissera pas indifférent. Avec cet album, Quentin Zuitton s'approprie une œuvre marquante en y apportant son point de vue et son talent de conteur. Il continue ainsi d'explorer son rapport à l'homosexualité et le regard que le monde contemporain lui porte.
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Les avis
Erik67
Le 16/03/2026 à 08:37:11
Voici la bande dessinée de Quentin Zuttion que je n'avais pas encore eu l'occasion de lire. Près d'un an d'attente après ma réservation à la Médiathèque, tant cet auteur est suivi et apprécié.
L'histoire nous entraîne dans la vie de Jeshua, un jeune homme propriétaire d’un salon de coiffure où il prodigue soins et conseils avec bienveillance, entre coiffure, maquillage et manucure. La nuit, il se travestit et défile avec ses amis dans les rues. Un événement inattendu va alors bouleverser son quotidien. C’est ce résumé qui pose le contexte de cette narration.
L’œuvre offre une représentation légèrement indirecte et quelque peu allégorique du VIH/SIDA et de ses victimes, ce qui invite à la réflexion. L’atmosphère est marquée par une certaine noirceur, la mort étant présente en filigrane pour les personnages principaux.
Graphiquement, l’auteur introduit beaucoup de couleurs, apportant une touche d’éclat qui contraste avec la tonalité sombre du récit. L’effet aquarium, très marqué, donne l’impression que tout se déroule dans un espace clos, comme dans un vase en verre, au sein du salon de coiffure.
D’ailleurs, je dois avouer qu’une fois, en attendant dans un salon de coiffure, je me suis tellement laissé emporter par la lecture de cette BD que j’ai complètement oublié le temps. Quand la coiffeuse est venue me demander si je voulais couper mes pointes, j’ai sursauté, comme si je sortais tout juste d’un rêve. Moralité : la prochaine fois, je ferai peut-être une pause avant de plonger dans l’univers aussi intense de "Salon de beauté", histoire de ne pas me faire surprendre par une coupe improvisée ou une question sur mes préférences capillaires !
Au final, cette BD se distingue par son originalité et possède une dimension poétique qui la rend touchante et profonde. Une lecture à la fois sensible et enrichissante mais réservé à un public averti et non choqué par certaines scènes assez crues. Pour ma part, c'est plutôt le côté desespérant qui m'a achevé.