Résumé: 1760. Jacques, un enfant à la constitution fragile, s'épuise pourtant aux champs sous le joug de ses parents bigots et violents. Pour échapper à la société de son temps, écrasée de fanatisme religieux et de brutalité, le petit garçon se réfugie dans l'intimité du monde onirique qu'il s'est imaginé. Là, entouré de sa cour de pantins « exclus », splendides créatures aussi attachantes que théâtrales, il peut se rêver en « princesse Jacqueline ». Une princesse qui, un jour, part en quête de la légendaire Robe d'or, censée exaucer tous les voeux. La seule chance pour Jacqueline de créer un royaume où les « exclus » seront chez eux...
Porté par un graphisme solaire, La reine des pantins, au-delà de son attachant onirisme, révèle progressivement toute l'intensité d'un drame autour de l'identité de genre, jusqu'à un final aussi bouleversant qu'inoubliable.
M
iséreux le jour, Jacques oublie la dureté de sa vie lorsque, le temps des rêves venu, il se transforme en princesse…
Dans la lignée de Lewis Carroll et d’Hans Christian Andersen, La Reine des pantins est le second album (édité en France !) de Rosalia Radosti venue sur le tard à la bande dessinée et qui renoue ici, de belle manière, avec l’essence même des contes d’antan.
Avec un art consommé de la théâtralité comme de la direction d'acteurs, le passé ne s’oubliant jamais tout à fait, l'auteure italienne dénoue le fil d’une histoire habilement structurée « en blocs émotionnels » et joliment dessinée. Toute en profondeur, malgré une apparente frivolité, le récit se trouve ainsi à la portée des petits comme des plus grands. Si l’acceptation de la différence et la quête d’identité servent de lignes directrices à l'album, Rosalia Radosti en étudie de nombreuses variations. Toutefois, elle le fait sans aucun prosélytisme, et grâce à un graphisme numérique superbe d’expressivité et de tendresse, elle mêle une approche naturaliste, telle qu’on pouvait l’entendre au XIXe siècle, aux codes de la Comedia dell’Arte. Dans l’esprit comme dans la forme, l’auteure – désormais sicilienne – réussit là un album tour à tour sombre et coloré, grave puis léger, onirique ou réaliste…
Avec Sauvage, puis La Reine des Pantins, Rosalia Radosti opère une reconversion des plus réussies, mais horrifiera les entomologistes dans un final confondant chrysalides et pupes !