Info édition : Format 197 x 278 mm.
Noté "Première édition".
Couverture avec vernis sélectif et gaufrage doré.
16 pages en fin d'album sur la création de Rebis.
Résumé: En plein Moyen-Âge, Martino a eu le malheur de naître atteint d'albinisme au beau milieu d'une communauté prompte à purifier toute différence par le feu. Rejeté par son père, harcelé par les autres enfants du village, il va devoir prendre les chemins de traverse. En plein coeur de la forêt, Martino fait la connaissance de Viviana, une « sorcière ». Entre exclus, on se reconnaît. Au sein d'une sororité de femmes mises au ban de la société, le jeune garçon va grandir et se révéler à lui-même pour tenter d'accepter sa différence face à l'intolérance de la société.
M
artino a tout pour être heureux. Un foyer chaleureux, une mère aimante, des sœurs attentives et douces, un père établi et respecté. Mais, en plein Moyen-Âge, être albinos fait de vous l'objet de brimades ou le responsable désigné de tous les maux qui s'abattent sur le village. Aussi, le gamin préfère s'évader dans la forêt. Là, avec les insectes et les animaux, il a l'impression d'être à sa place. Et lorsqu'il y croise Viviana, le garçon trouve enfin une amie avec qui partager son amour de la nature.
Paru en mai 2023 de l'autre côté des Alpes, aux éditions Bao Publishing, c'est au Lombard que Rebis débarque en janvier 2024 en France. Ce copieux récit auto-conclusif est l'œuvre du duo Irène Marchesini (scénario) et Carlotta Dicataldo (dessins et couleurs).
Et d'emblée, cet album attire l'attention par sa couverture mystérieuse. Dès les premières pages, la bonne impression est confirmée tant le travail de Carlotta Dicataldo est agréable. Venant de l'animation, l'artiste montre déjà une belle assurance dans son trait. Qu'il s'agisse des visages, des décors, naturels ou dans le village, des vêtements, elle apporte un grand soin à chaque détail. Constante tout au long des quelques cent-soixante-six planches, la dessinatrice apporte une attention particulière à sa colorisation, notamment à la gestion de la lumière. Mais si la forme est réussie, le fond n'est pas négligé. Sans s'égarer dans des sous-intrigues superflues, les autrices italiennes proposent une trame prenante grâce à des personnages principaux attachants.
Sous des allures de conte, Irène Marchesini brosse le portrait d'une société où la différence effraie. Le choix du cadre moyenâgeux n'est d'ailleurs pas innocent. Les réactions renvoient à cette époque où les croyances prenaient le pas sur la connaissance et pendant laquelle les minorités, notamment les femmes, n'avaient pas leur mot à dire. Dans un monde où les (hommes) riches et les religieux dictent leur volonté au peuple, la marginalité reste l'alternative au bucher. Sans lourdeur, la scénariste construit une intrigue certes classique mais au propos très actuel. Une ode à l'entraide, l'amitié et l'amour comme rempart à l'injustice et l'effet de meute dont la lecture, grâce à une mise en scène maîtrisée et un sens du découpage avéré, s'avère parfaitement fluide et immersive.
Conte cruel, réflexion sur l'exclusion, hymne à la différence et la sororité, Rebis est un peu tout cela à la fois. Un récit au décor médiéval et pourtant totalement moderne, tant par ses thèmes, que par son traitement et sa mise en image. C'est aussi l'occasion de découvrir deux autrices au talent indéniable dont il faudra suivre les prochaines sorties.
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Les avis
Shaddam4
Le 17/03/2025 à 14:19:05
La vie de Martino a toujours été une lutte. Né albinos et chétif, ce dernier rejeton d’une famille de notable accepte sa condition de banni dans sa propre famille que l’amitié fraternelle de ses sœurs aide à affronter. Jusqu’à la violence de trop qui le résout à fuir cette société intolérante. Recueilli par une femme vivant seule en forêt, il va réapprendre à vivre dans l’amour et l’harmonie avec son environnement.
Gros one-shot réalisé par un duo italien venu de l’animation, Rebis a marqué les esprits à sa sortie l’an dernier (avec une sélection aux BDgest’arts). D’abord pour la forme, un dessin fluide, agréable, porté par une colorisation éclatante qui fourmille de détails, notamment dans cette forêt grouillant de vie, de lumières et de textures. L’expressivité des regards est le cœur de ce projet qui nous fait suivre un naïf mal tombé dans une époque (le Moyen-Age) et une famille violents. L’hypersensibilité et la condition physique du bonhomme font de lui une victime, ce qui le pousse à fuir loin de la société patriarcale pour trouver refuge auprès des animaux et des femmes qui se cachent dans cet environnement couvrant.
Si le propos n’est pas original et tout à fait dans l’ère du temps, (on pensera à Somna ou Le ciel pour conquête), la sensibilité de la mise en scène et l’humanité mise dans cette petite société réfugiée et éclairée permet d’apprécier des sujets durs dans une atmosphère agréable. Sans trop de commentaires, les autrices nous laissent apprécier nous-mêmes l’écart entre un milieu urbain et masculin enfermé dans son conservatisme et ses petites rancœurs et de hors-monde féminin fait d’harmonie avec la nature et entre humains, dans l’acceptation d’autrui et la liberté des esprits. Sans viser la fable moralisatrice Irene Marchesini et Carlota Dicataldo nous jettent néanmoins un rappel de la difficulté des êtres Éclairés à se mouvoir dans des périodes obscurantistes qui ne peuvent que nous rappeler l’évolution de nos sociétés.
Au-delà du traitement des femmes, vite traitées de sorcières dès qu’elles sortent des bonnes mœurs religieuses, l’album parle de la liberté. Celle de s’extraire d’une famille oppressante, celle de choisir son nom et son identité sexuelle, celle de s’habiller selon son envie sans regard réprobateur… En mettant en lien des êtres abîmés par leurs contemporains, les autrices livrent une très belle et tendre fable sur l’acceptation, l’humanisme et la liberté individuelle.
Lire sur le blog:
https://etagereimaginaire.wordpress.com/2025/03/17/rebis/
Au Fil des Plumes
Le 16/08/2024 à 09:46:49
Martino est atteint d'albinisme. Au Moyen-Age, cela signifie malheur. Mis au rebut de la société, il va être contraint de fuir. Il va trouver refuge auprès de Viviana, une "sorcière". Le scénario de ce one-shot est sublime. Il raconte la vie de ce jeune garçon qui n'a rien demandé et subit l'ignorance de la société. J'ai été touchée par le personnage de Martino, qui ne demande qu'une chose, être accepté. C'est dans un groupe de femmes, mises elles aussi à l'écart, qu'il trouvera sa place et son nouveau nom: Rebis.
Martino bouleverse les barrières du Moyen-Age et malgré les épreuves, il s'affirme en tant que personne.
Viviana va le soutenir dans cette entreprise. Elle est celle qui va lui permettre de se révéler vraiment.
Cette BD aborde des sujets comme la transidentité, la violence, la société. Bien que mis en scène au Moyen-Age, ce scénario pourrait convenir à un décor contemporain.
Esthétiquement, j'ai été envoûtée par les personnages. Les corps sont élancés, parfois voluptueux avec des lignes fines et rondes. Les grands yeux et les expressions du visage rappelle les caractéristiques du manga. Les décors foisonnent de détails. J'ai particulièrement aimé la cabane de Viviana avec son atmosphère si particulière. Les couleurs sont également superbes. La forêt est luxuriante et éclatante de couleurs, créant un contraste avec les nuances marrons et beiges du village. Finalement, esthétiquement, ce sont aussi deux univers qui se confrontent.
Cette BD est un vrai coup de cœur!