Résumé: Quand une fake news sauve des vies...
Après avoir rédigé la biographie à succès d'Harvey Milk, Randy Shilts est embauché au début des années 1980 par le San Francisco Chronicle. Il devient ainsi le premier journaliste ouvertement gay à travailler dans un média de masse. Son attention se porte alors sur une nouvelle maladie, dévastatrice, qui semble frapper exclusivement les homosexuels et inquiète le corps médical, impuissant face aux ravages de ce qu'ils appellent le« cancer gay ». Conscient de l'urgence d'alerter l'opinion publique pour limiter la propagation de la pandémie, Randy se heurte au silence assourdissant des autres médias et à l'apathie criminelle des pouvoirs publics. La communauté LGBT, quant à elle, veut préserver les libertés si durement conquises et refuse toute association entre maladie et homosexualité, longtemps considérée comme une pathologie psychiatrique. Mis à mal par sa hiérarchie, rejeté par son entourage, mais de plus en plus choqué par la gravité de ses dernières découvertes sur la maladie, Randy poursuit ses investigations et s'interroge sur la manière de briser le mur du silence et de l'indifférence...
Et s'il fallait travestir la vérité et renoncer à son intégrité pour sauver des vies ? À travers ce roman graphique passionnant, Clément Xavier associe son scénario inventif au trait expressif et incarné d'Héloïse Chochois pour nous conter l'histoire peu connue de la révélation au grand public du SIDA. Véritable enquête sociale qui nous plonge dans une époque pas si lointaine, ce récit poignant soulève l'épineuse question de l'éthique journalistique à l'heure des fake news et autres manipulations.
Voici l'histoire vrai d'un journaliste gay aux States dans les années 80 qui sera le premier à remarquer qu'une terrible maladie épidémique frappe sa communauté. Il va tenter d'alerter l'opinion publique afin de limiter les ravages mais il va se heurter au silence des médias malgré la propagation de cette terrible maladie.
Il va être rejeté par ses amis et mis à mal par sa hiérarchie mais il va se battre de toutes ses forces. Malheureusement, le SIDA l'emportera à son tour en 1994 à 42 ans. Il va laisser le souvenir d'un journaliste intègre avec la publication d'ailleurs de 3 livres à succès.
Cependant, cela va véritablement se concentrer sur l'année 1981 et la découverte de cette maladie qui commence à faire des ravages. Il va commettre de nombreuses erreurs liées aux tâtonnements de l'inconnu mais également à cette volonté de faire dans le sensationnalisme propre à certains journaux comme celui dans lequel il travaille à savoir le San Francisco Chronicle fondé par le milliardaire William Randolf Hearst (le fameux « Citizen Kane »).
On pense à ce sauna dans le quartier gay de San Francisco qu'il désignera comme le vecteur de la maladie ou bien cette mise en pâture du fameux patient zéro, un beau steward canadien, qui sera comparé au tueur du Zodiac. Sa volonté a été de sauver des vies mais cela ne se passera vraiment pas comme prévu. A la fin, il se réconciliera avec sa communauté qui lui pardonnera les fautes commises.
Sur le plan graphique, on aura droit à une mise en image assez colorée sur un mode presque arc-en-ciel. C'est assez dynamique dans la conception ce qui permet une lecture assez fluide et agréable.
Aujourd'hui, on n'entend plus trop parler de cette maladie en raison des avancées remarquables en termes de trithérapie. Et pourtant, la prévention devrait être de mise. La jeune génération semble ignorer cette partie de l'histoire médicale. Cette BD tombe à point nommé pour se remémorer de ce risque très sérieux qui a fait basculer une grande partie du monde dans les années 89 et 90.