Résumé: " Un maire, c'est celui qui se lève le premier quand la commune a mal. "
Georges Clemenceau
Le maire est l'élu préféré des Français. La France compte exactement 34 955 communes, dont 30 772 sont classées comme rurales. Comme les élus nationaux aiment à le répéter, avec sincérité ou condescendance : " Même s'il y a des communes de petite taille, il n'y a pas de petite commune. " Certes. Mais ne leur en déplaise, il y a bel et bien des " petits maires ".
Laurent Turpin est maire d'un village de 420 habitants dans le Nord de la France. Il n'a pas d'administration suffisante pour l'épauler, pas d'agent technique, pas de responsable de la voirie : juste une secrétaire et un cantonnier à temps partiel. Pour gérer les affaires courantes, il est souvent seul.
Le Petit Maire est la chronique de six années de mandat municipal, qui débutent par l'élection de 2020. À travers les affres et les joies du quotidien d'un petit maire, cette BD-reportage explore la vie d'une démocratie locale. Bienveillante, drôle, engagée, elle laisse parfois affleurer la lassitude de l'élu, mais rend surtout compte de l'envie de faire vivre le lien social et le vivre-ensemble. En allant à la rencontre des habitants de Saudemont et en arpentant le terrain, l'auteur et dessinateur Olivier Berlion en a saisi l'âme, qu'il restitue dans un récit où son style graphique se renouvelle totalement.
C
e dimanche, 48,7 millions d’électeurs pourraient, en théorie, choisir leur maire. Et rebelote le dimanche suivant en cas de second tour. En théorie seulement : dans 68% des communes, une seule liste est en lice, et il suffit alors d’une voix pour l’emporter, les bulletins blancs et nuls n’étant pas pris en compte.
À Saudemont, dans les Hauts-de-France, de suspens, il n’y aura pas. Ce bourg de moins de 500 habitants reconduira vraisemblablement son maire sortant, à la tête de l’unique liste en présence pour les municipales de mars 2026.
C’est dans ce contexte qu’intervient Le petit maire (de) Laurent Turpin. L’auteur, solidement ancré dans son territoire, y retrace son chemin jusqu’à la mairie et raconte son quotidien d’élu. Le récit, d’une limpidité exemplaire, met les relations humaines au premier plan, au-dessus même des satisfactions liées à la mission, plus générale, « d’œuvrer pour le bien commun ».
Tout n'est pas repeint en rose bonbon pour autant, ce qui jurerait avec l'élégante bichromie grise bleutée ambiante. La gamme des dossiers à traiter est immense, et l’édile se heurte aux lourdeurs administratives comme aux contraintes budgétaires. Pas de révélations explosives, pas de rivalités venimeuses, pas de scandale retentissant : le livre choisit la sobriété.
Le ton, les touches d’humour et le dessin d’Olivier Berlion, d’une clarté parfaitement accordée au propos, dressent le portrait d’un personnage profondément bonhomme. On n’est jamais très loin de la carte postale, ni du souvenir de Bonjour Monsieur le Maire, récemment exhumée des archives radiophoniques. Mais loin de faire sourciller, cette simplicité fait tout le charme de l’album.