Résumé: Un radeau de fortune. Un tableau célèbre. Une seule femme. Un huis clos en plein mer.
Inspiré de faits réels et du célèbre tableau de Géricault présenté au Louvre en 1819, ce récit retrace l'épopée dramatique des survivants de la frégate La Méduse, échouée au large de l'actuelle Mauritanie.
Entre tempêtes, mutineries et actes de bravoure, suivez le destin bouleversant de Blanche qui lutte pour survivre sur ce radeau de fortune au milieu de l'Atlantique.
Une fresque humaine poignante racontée par la voix d'un survivant, où se mêlent espoir et barbarie dans un huis clos maritime qui interroge les limites de la morale et de l'humanité.
5
juillet 1816, au large du Sénégal. La Méduse s’est échouée sur un banc de sable. Réfugiés sur un radeau de fortune, cent cinquante gradés et matelots tentent de franchir les 120 kilomètres les séparant de l’Afrique. Faim, soif, promiscuité et soleil de plomb affectent rapidement le moral des troupes. Et les tensions montent. Le récit s’attache à une poignée de personnages, le docteur Henri Savigny, le mousse Léon, l’officier Ambroise de Trevières et, surtout, son épouse, Blanche, seule femme à bord de l’îlot de bois.
Thierry Soufflard réhabilite la mémoire de la naufragée en la mettant au cœur du propos. Il présente une dame dévouée et déterminée, entourée de rustres et de brutes. Ses compagnons d’infortune la maudissent et n’hésitent pas à la lancer à la mer afin qu’elle serve d’appât pour pêcher le requin. Son abnégation se veut néanmoins inébranlable ; elle continue de soigner tous les blessés, y compris ses tortionnaires. Le lecteur finit par croire qu’il y a un peu d’hagiographie dans cette histoire. Pour la protéger, elle est hissée sur le mât, à la hauteur de la vergue, avec laquelle il forme une croix. Bras tendus, l’héroïne semble crucifiée. Disons que la figure de martyre est un tantinet exagérée.
En fait, le principal intérêt de cette bande dessinée demeure la description d’un huis clos au milieu des flots. Tant bien que mal, les malheureux tentent de survivre. Sacrifier l’autre, et pourquoi pas le manger, est alors dans l’ordre des choses. Comme quoi la civilisation est parfois soluble dans l'eau salée.
Pour la mise en images, Gilles Cazaux favorise un ton réaliste qui ne laisse rien sous silence. Ses comédiens jouent juste; dans leurs regards et dans leurs corps se lisent tour à tour la peur, la haine et le désespoir. Multipliant les plans et les angles de vue, le bédéiste relève le défi de dynamiser l’action, même si le lieu et les décors se montrent forcément redondants. Dans cette odyssée, inscrite au cœur de l’océan, la lumière devrait être très vive. À l’instar de Théodore Géricault, l’illustrateur s’accorde cependant la licence d’adopter une colorisation sombre, propre à accentuer la tonalité crépusculaire du récit.
Bien que le portrait de Blanche soit dépeint avec une dévotion un brin forcée, l’album fascine par sa noirceur et son climat de claustration. L'intégration d'un point de vue féminin ajoute une perspective inédite au drame.
Les avis
Erik67
Le 24/12/2025 à 10:22:43
Le "Radeau de la Méduse" est une célèbre peinture réalisée par l'artiste français Théodore Géricault en 1818-1819. Elle représente un épisode tragique survenu en 1816, lorsque le navire français La Méduse a fait naufrage au large de la côte de l'Afrique de l'Ouest.
Après le naufrage, un radeau de fortune, où environ 150 personnes étaient entassées, a dérivé pendant plusieurs jours dans des conditions extrêmement difficiles. Beaucoup de ces survivants ont succombé à la faim, à la soif, ou à la violence. La scène peinte par Géricault capture le désespoir, la lutte pour la survie, et la tragédie humaine de cet événement.
L'œuvre est considérée comme un chef-d'œuvre du romantisme et est célèbre pour sa représentation dramatique et réaliste de la détresse humaine. Elle soulève également des questions sur la responsabilité, la justice et la condition humaine. La BD a véritablement réussit ce tour de passe-passe en restituant cette essence.
Certains chercheurs ou historiens soulignent que la scène de Géricault ne montre pas tous les individus impliqués ou victimes, et que beaucoup sont restés dans l'ombre, comme les survivants anonymes ou les victimes oubliées de cette catastrophe. L'auteur s'est faufilé dans cette brèche pour nous raconter un drame sans précédent.
Un mot sur le dessin de Gilles Cazaux avec un trait assez nerveux et expressif qui le caractérise. J'aime bien car cela colle à l'ambiance de cette tragédie. Les couleurs sont adaptés selon les scènes. On ne peut que tombe sous le charme !
L'oubliée du Radeau de la Méduse est souvent considérée comme la figure de la jeune femme représentée dans la peinture de Géricault, qui a été victime ou témoin de la tragédie. C'est cette BD qui va réparer cette injustice en nous racontant sa singulière histoire car il ne faisait pas être bon une femme sur un navire, et encore moins sur un radeau en perdition !
Au final, c'est un grand album que je suis heureux d'avoir découvert. J'ai bien aimé la fin où l'on enchaîne avec un autre tableau très célèbre qui va véritablement rendre hommage à cette oubliée du radeau de la méduse sous une autre forme qu'on imaginait pas.