Résumé: Deux étudiants assistent médusés à l'atterrissage d'une soucoupe volante en pleine forêt. Alors qu'ils se demandent s'ils ne sont pas en train d'halluciner, ils sont témoins du meurtre d'un homme, désintégré par les mystérieux Martiens.
Déterminés à être pris au sérieux par les autorités qui leur rient au nez, Charlene, Dave et son frère Vince mènent l'enquête...
Véritable récit d'aventure paranoïaque, Opération Moon Fire reprend les codes des récits des sixties pour mieux se jouer d'un complotisme résolument intemporel.
T
exas, début des années soixante. Au mauvais moment, au mauvais endroit, Charlene et Dave sont les témoins d’évènements incroyables : une soucoupe volante, un lynchage au pistolaser et sauve qui peut pour échapper à ces mystérieux individus ! Des aliens ? Des agents de la CIA ou le KKK ? Peu importe, il va falloir rester discrets et quand même mener une petite enquête pour en savoir plus. Tout d’abord, est-ce que le mezcal et l’herbe ne seraient pas à l’origine de cette soirée mouvementée ?
Xavier Bétaucourt propose un thriller SF, entre parodie et exploitation des clichés du genre. Les petits hommes verts, le FBI, ce qu’il faut de complotisme (JFK est assassiné à la page 43) et, allons-y gaiement, des néonazis en pleine reconquête. Au niveau de la distribution, le programme est identique : un jeune premier pas trop déluré, une demoiselle qui sait ce qu’elle veut, le quaterback aux larges épaules, le flic amateur de donuts, quelques ufologues à chapeau en aluminium et une brochette de méchants dégénérés ou presque. Sur le papier, tout au moins, la table est mise pour un récit hommage d’un côté et dénonciateur de ce qui ne s’appelle pas encore fake news ou manipulation de l’autre.
Malheureusement, le reste du scénario, l’intrigue et son développement ne suivent pas. Les personnages restent tout juste ébauchés. Des scènes sortant de nulle part se succèdent de façon hachée, à peine reliées par une accumulation d’ellipses maladroites. Sans oublier la conclusion (le dernier tiers de l’album en vérité), tellement farfelue qu’elle laissera certainement pantois même les plus indulgents. Pasticher, décaler ou détourner les stéréotypes sont des approches intéressantes et souvent très amusantes, encore faut-il avoir quelque chose à raconter. Ou, c’est le minimum, démontrer suffisamment d’esprit et d’humour afin d’entraîner et faire rire le lecteur, ce n’est pas le cas ici.
Au pinceau, Olivier Perrret rend une copie agréable : trait réaliste bien en place, découpage classique qui n’hésite pas de secouer les cases quand les situations s’échauffent et une patte affûtée pour dépeindre les jolis minois et les sales trognes. Esthétiquement, les planches sont embellies par les très belles couleurs signées Paul Bona. Comme son dessinateur, ce dernier ose sortir des sentiers battus avec des tonalités originales (du rose, des jaunes) pour souligner des moments clefs de l’histoire. Le résultat d’ensemble s’avère fluide et sympathique.
Malgré une très belle réalisation graphique, Opération Moon Fire rate le coche et déçoit. Pas vraiment drôle et n’offrant aucun point de vue particulier ou une réelle critique, l’ouvrage se limite à empiler des poncifs au petit bonheur la chance, sans direction ou sens dramatique discernable. Dommage.