Résumé: Fin des années 60. Prométhée Foiemangé, jeune employé d’une puissante multinationale, est envoyé dans un village méditerranéen pour acquérir les terrains afin d’y bâtir un ambitieux complexe touristique : La Nouvelle Arcadie.
Les habitants y voient la promesse d’un avenir meilleur, sauf une famille : les Nomdedieu.
Le patron de Prométhée lui intime de briser l’unité de ladite famille, propriétaire du morceau de côte le plus précieux, de les diviser pour mieux les faire plier ! Il s’installe dans leur hôtel et commence une douce manœuvre de manipulation. Il les approche méthodiquement un à un et découvre un clan excessif, fascinant, explosif… et comprend que son projet touristique pourrait détruire bien plus qu’un vieux domaine en ruine.
Un parfum d’éternité flotte en effet dans l’air, et certaines forces, anciennes ou nouvelles, ne se laissent pas acheter facilement..
Costume bien ajusté, discours soigneusement préparé et mission parfaitement définie : Prométhée Foiemangé arrive sur la côte méditerranéenne avec un objectif clair. Employé d’un puissant conglomérat à la fin des années 60, il doit convaincre les habitants de Chagrin-sur-mer de vendre leurs terres afin de permettre la construction d’un ambitieux complexe balnéaire baptisé « La Nouvelle Arcadie ». Pour beaucoup, cette initiative représente la promesse d’un avenir prospère. Une dynastie résiste pourtant à cette vision : les Nomdedieu, propriétaires de la portion de littoral la plus convoitée.
Écrit et dessiné par Juanjo Rodriguez J., le récit s’ouvre sur une scène qui installe immédiatement l’atmosphère du livre. Sur une route forestière, loin du rivage, la voiture du jeune cadre tombe en panne. Contraint de poursuivre son chemin à pied, il répète son argumentaire tout en croisant une série de personnages inattendus : un messager à vélo qui lui dérobe un dépliant, un molosse avec sa maitresse peu engageants ou encore un couple qui se poursuit en riant. Cette entrée en matière donne déjà le ton d’un ouvrage où le décalage et l’étrangeté s’invitent discrètement dans le quotidien.
Une fois arrivé à destination, Foiemangé se heurte rapidement à l’obstacle principal : l’unité du noyau Nomdedieu. Son supérieur lui ordonne alors d’employer une stratégie plus subtile. L’idée consiste à approcher chaque membre séparément afin de fissurer leur cohésion. Pour mener à bien cette mission, le jeune homme s’installe dans l’hôtel ancestral et entreprend une patiente entreprise de persuasion. Mais il découvre vite qu’il n’a pas affaire à une lignée ordinaire. Nombreux, imprévisibles et parfois excessifs, les Nomdedieu forment un clan aussi déroutant que fascinant.
Au fil de ces rencontres successives, la narration s’attarde moins sur la transaction immobilière que sur les relations entre les personnages. Les discussions, les tensions et les moments de complicité esquissent progressivement le portrait d’un foyer qui vit au jour le jour, avec ses contradictions et son énergie débordante. Face à eux, l’émissaire du groupe industriel se retrouve peu à peu confronté à une situation qui dépasse le simple cadre professionnel.
L’ouvrage évoque en filigrane les transformations du littoral sud-européen provoquées par les grands chantiers vacanciers. Derrière la promesse d’un futur radieux se profile en effet la disparition possible d’un lieu chargé d’histoire et de mémoire. À mesure que l’intrigue avance, Foiemangé comprend que cette entreprise pourrait détruire bien davantage qu’un domaine ancien.
Graphiquement, l’auteur accompagne cette chronique d’un dessin expressif qui capte à la fois la lumière du Sud et la singularité des protagonistes. Les visages, souvent marqués, accentuent le caractère exubérant des Nomdedieu tandis que les décors restituent l’atmosphère azuréenne. Cette approche visuelle renforce le contraste entre la tranquillité apparente du paysage et les tensions qui traversent la trame.
Peuplé de figures décalées, parfois attachantes, parfois irritantes, La Nouvelle Arcadie propose ainsi une histoire où ambitions économiques et attachement aux lieux se confrontent. Sous le soleil du littoral, certaines terres semblent pourtant chargées d’une force particulière. Et face à celle-ci, même la multinationale la plus ambitieuse n'est jamais totalement à l’abri d'imprévus.