Résumé: 1992, Élise, une jeune journaliste française décide de couvrir le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans l’enclave arménienne du Haut-Karabagh. C’est au sein des bombardements incessants sur Stepanakert qu’elle découvre une population attachante qui a appris à survivre au milieu des combats. La guerre perdure jusqu’en 1994. Mais la tension entre les deux pays menace constamment la tranquillité des habitants. En 2020, Élise repart pour le Haut Karabagh… il semblerait que le conflit soit sur le point de reprendre de plus belle et les conséquences pourraient être dramatiques.
L
e Haut-Karabagh est à la croisée des empires russe, turque et iraniens. Région de conflits depuis l’antiquité, il a connu de nombreuses invasions et occupations avant de proclamer son indépendance en 1991. Convoitée par les Azerbaïdjanais, soutenue par les Arméniens, cette région a été une zone de conflits récente avec la reprise du territoire par Bakou d’abord en 2020 puis en 2023.
Nous sommes nos montagnes raconte cette histoire méconnue par deux moyens. Une série de pages documentaires, agrémentées de documents d’archives et de photos, présente les grandes périodes historiques et permet de placer le sujet sur le temps long. La mise en forme par encarts liés à chaque document en rend la lecture facile, comme serait mis en scène une exposition dans un musée. Ces planches sont utilisées comme interludes entre les chapitres du récit. L’essentiel étant bien de la BD, qui raconte la vie d’Élise, jeune journaliste française, qui va documenter l’actualité de ce territoire de 1992 à nos jours.
Les parties documentaires et fictionnelles sont bien équilibrées. D'un côté les faits et les éléments de politique internationale, de l'autre la vie des habitants, au plus près. Cela permet de constater les effets des grands enjeux politiques sur les populations. Élise s’attache aux habitants d’un village et son empathie est transmise au lecteur·ice de manière sensible par des dialogues et des situations qui vont de l’extra-ordinaire (le transport mouvementé d’un char d’assaut qui a perdu sa transmission) au plus banal de la vie courante (un chauffeur de taxi chauffard et alcoolique). Le récit a la délicatesse de ne pas verser dans les horreurs de la guerre. Pas de sang ici, plutôt les expressions des personnes en contre-champ face aux évènements, ce qui n’en diminue pas la portée.
Sur le plan graphique, l’ensemble est de bonne facture, même si certaines expressions sont parfois trop marquées. Maria Riccio arrive à rendre compte de la trouille dans un abri, de l’effroi face à un enfant qui meurt ou de l’émotion devant une trace de panthère. Si la région est mise en valeur, sa géographie et sa faune variée sont montrées de manière succincte, il y aurait eu la place d’ajouter quelques pleines pages de montagnes pour rendre mieux compte de la beauté et de sa destruction par la guerre.
Une BD réussie qui a fait le choix de ne pas lier documentaire et fiction mais de les séparer nettement dans des planches dédiées. Les deux formats se lisent avec intérêt et effroi au vu de la dernière partie documentaire dans laquelle la disparition effective de ce territoire après la prise azerbaïdjanaise de 2023 et l’exode massif de sa population vers l’Arménie sont rappelés.