Résumé: Milly et Billy connaissent maintenant l'histoire insolite de leur famille et appréhendent peu à peu leurs capacités surnaturelles. Mais un esprit amnésique et sans visage guidée par une étrange poupée hante Milly, une seule question : qui est-elle ?
Après la révélation à Milly et Billy Ting de leur véritable nature, les jumeaux ont commencé à explorer leurs pouvoirs. Ils savent maintenant qu'ils font partie d'un monde surnaturel plus vaste et que quelque chose ne va pas, mais alors pas du tout. Tandis qu'Ipo et Keon sont sollicités par la haute société démoniaque, les jumeaux découvrent qu'on ne traite pas avec le monde des esprits impunément...
D
ans le premier tome de la série, Milly et Billy, jeunes adultes fils et fille d’immigrés hongkongais, découvraient, lors d’une nuit horrifique : l’existence d’un monde démoniaque ; que leurs parents en font partie et qu’ils ont hérités de pouvoirs surnaturels. Dans ce second tome le frère et la sœur vont apprendre à apprivoiser leur nouvelle identité et mettre en application leurs capacités. Milly souhaite aider une jeune fantôme assassinée lors de rituels ésotériques. Elle veut également découvrir le secret de cette poupée hantée qui la poursuit et souffle le chaud et le froid entre bienveillance et franche agressivité. Billy, lui, trouve simplement tout ça trop cool.
Même si certains thèmes abordés par les autrices dans leur série phare Monstress se retrouvent ici – en premier lieu la figure du monstre intérieur –, le cadre contemporain et réaliste permet de traiter d’autres sujets. Le sujet central est la vie de ces personnes immigrées de seconde génération, leur lien avec la culture d’origine et comment cette dernière s’interpénètre avec celle du pays d’accueil. En toile de fond, via des flashs-backs de la jeunesse des parents, est traité l’enjeu du rapport à l’exil et à la situation très particulière de la diaspora hongkongaise. Le récit oscille ainsi entre une histoire de famille très intime et l’horreur fantastique digne des meilleures maisons hantées, en passant par des scènes d’actions dantesques avec des manifestations divines. Ces changements de registres sont fluides et cohérents. L’ensemble étant par ailleurs lié par la quête initiatique des deux héros et leur enquête qui va les mener bien plus loin que prévu.
Malgré la représentation un peu caricaturale de la mère asiatique, taiseuse, violente mais aimante en réalité, les liens entre les protagonistes sont crédibles et évoluent au fil des révélations. Les relations changent pour passer d’un rapport d’autorité à quelque chose de plus équilibré entre adultes. Les deux héros sont très différents dans leurs motivations et leurs manières d’appréhender leurs nouvelles capacités, tout en restant unis fraternellement. Le lecteur peut s’identifier plutôt à l’un ou à l’autre. Milly cherche avant tout à aider les autres. Billy déborde de doutes sur son rôle dans la société. Là encore, le parallèle avec l’exil est notable.
Graphiquement toujours impressionnante, Sana Taneka développe un bestiaire très varié. Des divinités intouchables aux monstres visqueux et tentaculaires, en passant par les poupées aux sourires carnassiers, la gamme de l’épouvante est large et n’oublie pas celle plus proche de nous d’un simple mortel au visage déformé par la folie et la haine. Le dessin est aussi très marquant dans les scènes familiales où, en quelques traits, la dessinatrice réussit à signifier un changement d’attitude et de sentiment. Notamment les minuscules variations des traits toujours fermés de la mère sont une véritable prouesse graphique.
Marjorie Liu et Sana Takeda démontrent ici leur grand talent sur un autre terrain de jeu que Montress. Le récit est plus resserré, l’histoire est complète en trois tomes et les enjeux sont focalisés sur un petit groupe de personnages. Cela donne une œuvre solide de bout en bout et aborde, par le biais du genre, des sujets sociaux de fort belle manière.