Le 17/02/2026 à 18:28:47
Encore une adaptation du mythique Moby Dick de Melville ?! Mais ce diptyque de Chabouté, littéralement possédé par la furie vengeresse du Capitaine Achab, mérite amplement notre attention et, si le récit reste fidèle à l'original, la mise en planches confine à du grand cinéma. On ne compte plus les adaptations graphiques du célèbre Moby Dick d'Herman Melville - j'en ai dénombré pas loin d'une dizaine, certaines s'éloignant plus ou moins du roman original, et même trouvé une version "galactique" ! - mais ce diptyque de Christophe Chabouté, paru en 2014 chez Glénat, vaut vraiment le détour car chacun sait que « si la vie sur mer l'emporte déjà sur la vie à terre, dans le domaine des fables et du fantastique, la pêche à la baleine, elle, surpasse en contes merveilleux, tragiques et effrayants tout autre mode de vie maritime. » Faut-il résumer ici l'histoire iconique de la baleine Moby Dick et du Capitaine Achab ? « Le capitaine Achab [...] a fréquenté des cannibales, connu des prodiges. Il voit plus profond que la plus profonde des vagues, son harpon est le plus fin et le plus sûr de toute l'île. Il est Achab, et l'Achab de l'histoire était un roi ... Un roi impie ... Impie et maudit ! » Le premier tome (le "livre premier") installe l'ambiance avec l'arrivée du narrateur à Nantucket sur la côte Est des US pour s'embarquer à bord d'un baleinier. À ses côtés, un harponneur aussi tatoué qu'effrayant, Queequeg. Tous deux s'enrôlent à bord du fameux Pequod. À bord, la folie revancharde du Capitaine Achab, cet « homme que ronge le désir insatisfait de la vengeance », va pousser l'équipage à pourchasser sur les mers le cachalot blanc, l'animal monstrueux qui avait emporté un morceau du capitaine, désormais unijambiste. « Un cachalot à tête blanche, au front ridé et à la mâchoire de travers, un cachalot dont la nageoire est percée de trois trous à tribord. » Le second album démarre sous les pires auspices : Queequeg préfère dormir dans un cercueil et la folie du Capitaine Achab grandit de jour en jour, tandis que le navire course le grand cachalot blanc. Et Chabouté de citer Melville quasiment mot à mot : « C'est un mauvais voyage ! Mal commencé, mal poursuivi. » Le récit est bien sûr un peu simplifié pour rentrer dans les deux albums, le texte est à peine modernisé pour rentrer dans les cases d'aujourd'hui : il faut bien faire quelques choix mais tout cela reste globalement très fidèle au texte original, parfois même mot pour mot. L'auteur a conservé par exemple un découpage en chapitres (certains titres sont même repris tels quels) et assorti chacun d'eux d'un court incipit inspiré du texte de Melville. Le noir et blanc très contrasté, emblématique de Chabouté, s'accorde ici parfaitement à l'atmosphère dure, violente, sauvage, qui règne sur le bateau. La mise en cases laisse une belle place aux gros plans sur les visages de marins (et quelles trognes !). Quant aux scènes de pêche, quand la baleine sonde et que la ligne se tend, c'est presque du cinéma. On se demande quelle magie utilise l'artiste pour rendre tout cela avec seulement deux dimensions pour le dessin et deux dimensions pour la couleur. Et l'encrage profond du noir de Chabouté nous parait presque rouge sang quand : « le navire se métamorphose en une sorte d'abattoir, chaque marin en boucher ». L'auteur a bien sûr centré son récit sur la folie vengeresse d'un Capitaine Achab aux yeux exorbités. Le second officier du navire, Monsieur Starbuck, incarne la raison et lui sert de contrepoint, le jeune Ismaël de témoin. Le lecteur a beau connaître cette histoire par cœur, il ne peut que se laisser happer par le rythme et l'intensité d'une chasse presque mystique, de cette course folle vers la mort.Le 18/11/2020 à 12:51:39
Il n'y a pas moins de 5 séries au minimum consacrées au Capitaine Achab et à Moby Dick. Malgré tout son talent, Chabouté nous livre une version pas très originale. On a trop vu cette histoire de folie et de vengeance envers un cachalot albinos. On la connait par coeur. On appréciera par contre son dessin qui marque les esprits. Il arrive à donner une expression hors du commun à ses personnages. Il a également une excellente maîtrise du noir et blanc. Je le dis sans concession : c'est sans doute le meilleur dessinateur du moment au niveau de ce travail graphique. Bref, cette bd n'apportera rien au roman original. Cependant, Chabouté reste toujours à la hauteur.Le 19/01/2020 à 19:47:02
Belle adaptation d’Herman Melville, fidèle et parfaitement respectueuse, dans l’esprit comme dans les mots. Ayant lu le roman à l’adolescence, j’en avais gardé un souvenir vibrant que Chabouté a su raviver par un travail graphique admirable. On y retrouve la rudesse, l’exaltation et la folie qui caractérise « Moby Dick ». Le noir et blanc très contrasté convient idéalement aux multiples vues du Pequod, le navire du capitaine Achab, sur lequel se déroule le récit. Coque, voiles, cordages, chaloupes… Chaque élément, précis et détaillé, est sublimé par l’intensité des aplats noirs. Achab lui-même est la grande réussite de l’album : yeux névrotiques, visage élimé, balafré, fermé par un rictus glaçant. Il est le charisme et l’effroi personnifiés. Après – et c’est une constante, hélas, chez Chabouté – les autres personnages n’ont la plupart du temps, qu’une sempiternelle expression de tristesse. Du coup, l’ensemble est un peu morose et manque de dynamisme et de profondeur. Forcément, ça limite aussi l’immersion dans l’histoire et l’empathie que l’on pourrait avoir pour eux. A la longue, même si on peut le voir comme une signature de l’artiste, je trouve ça lassant.BDGest 2014 - Tous droits réservés