Résumé: Âgé d'une dizaine d'années, Germain est un garçon sensible qui décide un jour d'écrire ses mémoires. Persuadé d'être responsable de la mort de sa petite soeur, il éprouve une culpabilité profonde et il se réfugie alors dans l'écriture, essayant maladroitement d'exprimer ce sentiment de culpabilité qui ne le quitte pas car, chaque jour, il pense à elle. Une histoire d'une sensibilité rare qui évoque la question du deuil et de l'enfance.
D
u haut de ses dix ans, Germain a pris une décision radicale. Ses parents s'inquiètent de le voir rester petit. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que leur fils a sciemment décidé d'arrêter de grandir. Ne supportant plus l'idée de devenir adulte, il a besoin de faire le point, avant de poursuivre sa croissance. Et quoi de mieux, pour cela, que d'écrire ses mémoires ?
Il est désormais bien connu que Vincent Zabus sait bâtir des récits à hauteur d'enfant… pour mieux s'adresser aux adultes. L'auteur d'Incroyable ! et de Mademoiselle Sophie en fait une nouvelle et très émouvante démonstration avec l'histoire de Germain. Après avoir dégotté une machine à écrire, le petit garçon tape frénétiquement, se rêvant grand écrivain. À travers quatre souvenirs de ses sept, huit, neuf et dix ans, il revient sur des évènements marquants de sa courte mais intense vie. C'est l'occasion d'explorer des épisodes douloureux – et, surtout, fondateurs – avec naïveté mais aussi une incroyable maturité. De celles dont peuvent être capables les enfants, au détour d'une phrase, sans que personne n'ait pu les anticiper.
Il ne faut évidemment rien dévoiler ici du « gros truc », qui plane, en toile de fond, sur tout l'album et constitue l'élément central des questionnements qui agitent le protagoniste. Le scénariste glisse rapidement plusieurs éléments qui permettent de le comprendre, assez tôt dans l’album. Mais l’émotion va crescendo et est parfaitement dosée grâce à une écriture d’une grande finesse qui alterne entre légèreté et gravité.
Valérie Vernay met en scène cette histoire avec un trait proche de celui qu’elle avait déjà utilisé dans Oscar et la dame rose : sobre, élégant et pleinement au service du récit. Le choix de bichromies différentes selon les époques permet de ne pas s’y perdre. Les planches renforcent le sentiment de douceur qui se dégage de l’ensemble et permettent aux lecteurs de se sentir au plus proche du personnage, de ses tourments et de son entourage.
Mémoire d'un garçon agité est de ces œuvres que vous rangerez en en conservant un souvenir fort et durable. Parce que vous n'oublierez pas ce petit Germain qui vous a attendri, fait sourire, donné espoir et même, peut-être, arraché quelques larmes…