Le 28/12/2025 à 22:26:18
1972, année inscrite sur les 3 tomes en post-face de "Lorsque nous vivions ensemble" pour une sortie VO des 3 tomes en 1986 au Japon, année du décès de son auteur, Kazuo Kamimura. Il faudra ensuite attendre 2009 en France pour une traduction est des sortie simultanées pour les 3 tomes. Le genre de l’œuvre est un Gekiga, il cible donc un public adulte. Dans un premier temps, je suis étonné de voir à quel point le manga et la thématique abordée reste intemporels. Certes, la vision de l'égalité entre hommes et femmes ne cesse d'évoluer depuis 50 ans, mais le couple Jiro - Kyôko des années 70 et du haut de leur 22-23 ans montre un aspect intemporel du couple, un respect mutuel dans le T1 qui fait vivre leur histoire d'amour. Loin, des œuvres romantiques occidentales. La richesse de cette série parvient par le dessin à donner de la beauté aux choses simples de la vie, aux bonheurs comme aux malheurs. On y a retrouve une part de la complexité si féminine et du silence si masculin. Car malgré la singularité de Jiro, Kyôko et leur couple, on retrouve dans leur jeunesse quelque chose d'universelle qui traverse les générations, les couples et les individus. Les illustrations de Kazuo Kamimura dans un style doux et épuré (qui ramène aux estampes et toute la culture japonaise qui en découlent) lient le symbole aux émotions, au travers de Kyôko qui croit fondamentalement aux signes (astrologie, superstition) et au travers de Jiro, plus pragmatique mais qui associe sa philosophie de vie à ses expériences de vie à une forme instinctive et artistique. Dans le dessin, je regrette parfois certaines figures féminines qui ressemblent trop à Kyôko dans leurs traits du visage et ceci prête parfois à confusion dans le récit, mais j'ai beaucoup apprécié l'aspect graphique en noir et blanc, dans une style travaillé et minimaliste, qui fait beaucoup dans le déroulement de l'histoire. La poésie dans le texte, les cartouches et les mots se lient à la force de dessin pour donner une œuvre qui semble parfois hors du temps et d'autres fois très ancrée dans le réel. Des personnages aux doutes multiples qui questionnent la légitimité de leur relation dans le but d'aller le plus loin ensemble. Si le T1 aborde la relation naissante dans laquelle chaque couple peut s'identifier, le T2 porte un ton bien plus dramatique à l’œuvre beaucoup plus dur, mais tout aussi réussi et symbolique. Il met en avant la relation avec ses bas et l'amour qui ne passe pas de l'épreuve de la vie ; mettant en avant une œuvre dramatique plus ancrée dans la réalité de la vie et des couples. Le T3 aborde la fin de l'histoire de Jiro et Kyoko dans une douce mélancolie, toujours avec beaucoup de maitrise, on retrouve un Jiro qui devient exubérant et exécrable, victime de son propre chaos qui montre un peu plus les mentalités pré-dominantes des années 70 : la femme reste au foyer, elle gère beaucoup de chose dans la maison, fait la cuisine, les courses. Un tome qui clôture merveilleusement bien cette histoire aux multiples facettes, l'homme, la femme et l'amour dans leur complexité. J'ai retrouvé dans ce manga de Kazuo Kamimura une forme de poésie de narration employé par Jiro Taniguchi (Quartier Lointain) ; J'apprends alors dans le T2 que Jiro était assistant pendant 6 mois de Kazuo. Au travers des 3 pavés de 700 pages chacun qui composent "Lorsque nous vivions ensemble", Kazuo donne envie d'explorer un peu plus ses autres oeuvres. Doté d'une belle sensibilité, d'un coté contemplatif et saisonnier, "Lorsque nous vivions ensemble", prend le temps de poser sentiments et émotions, positives ou négatives, pour faire de la série quelque chose de grandiose, de mature et profondément humain. J'ai beaucoup aimé.BDGest 2014 - Tous droits réservés