Le 14/02/2026 à 10:31:00
« Dans Le lierre et l'araignée, Grégoire Carle nous rappelle que la transmission ne passe pas toujours par la parole, mais par une présence. Bien que le grand-père n'ait jamais raconté sa guerre directement, c'est sa tendresse silencieuse — celle d'un homme qui a trop vu pour en parler — qui a poussé l'auteur à exhumer la douloureuse mémoire des Malgré-nous. Au bord d'un Rhin encore sauvage, véritable "jungle" vibrante, l'aïeul n'enseignait pas l'Histoire, mais l'art de la patience et du "flyfishing", ancrant son petit-fils dans le réel. Ces hommes, qui se souvenaient encore d'être paysans, offraient une forme d'éducation par l'osmose et l'observation, plantant une graine indélébile chez l'enfant. Cependant, le livre résonne aujourd'hui comme un double avertissement mélancolique. Tout comme le Rhin a été endigué et que le ballet séculaire des insectes s'efface sous les pesticides, cette figure du grand-père "plantant des graines" de calme semble menacée. Si nous remplaçons ces moments de vide et d'observation partagée par une aliénation numérique constante, que restera-t-il de cette "empreinte douce" qui forge une âme ? En perdant la nature brute et le temps lent des aïeux, nous risquons non seulement d'appauvrir notre environnement, mais aussi la profondeur même de nos liens humains. »Le 15/12/2024 à 08:27:04
Le thème central de cette BD est ma région l'Alsace et de son sort à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale. Les familles ont été véritablement tiraillé entre deux cultures radicalement différentes et il fallait bien choisir son camp dans ces temps difficiles. Pas facile quand l'Alsace a été allemande de 1870 à 1918 puis de 1940 à 1945 et surtout quand la France a traité ce territoire comme une colonie ! Il est vrai que cela a longtemps été un tabou dans les familles alsaciennes où l'on évitait ce sujet après la guerre comme si cela n'avait jamais existé. Il faut dire que les gens n'étaient pas très à l'aise. Certains jeunes gens ont eu l'obligation de se battre pour les nazis au lieu d'entrer dans la Résistance car sinon c'était les sinistres camps de la mort. L'auteur de cette BD raconte l'histoire de sa famille à travers le témoignage de son grand-père Bernard. On observera malheureusement une certaine lourdeur de la narration sur la forme ce qui entraîne assez souvent une lecture fastidieuse afin de tout comprendre entre deux parties de pêche. J'avais nettement préféré par exemple sur le même thème « Le voyage de Marcel Grob » de Sébastien Goethals ou encore la série « Malgré nous » de Thierry Gloris. Sur le graphisme, on ne peut pas dire que le dessin est parfaitement maîtrisé même s'il demeure tout à fait convenable à la lecture. En effet, cela manque un peu de profondeur et de précision dans le trait. Par ailleurs, on peut aisément se tromper sur les visages des personnages. Cependant, la colorisation me semble adéquate. Su un plan plus personnel, j'ai appris également ce que voulait vraiment dire la fameuse expression « Hasebock » que j'ai souvent entendu durant ma jeunesse dans ma région. Il s'agit des lapins de garennes qui détalent devant l'ennemi allemand après l'offensive dans les Ardennes. Ce n'est malheureusement pas la première fois dans l'Histoire que l'Alsace était abandonnée à son triste sort ! Pendant l'Occupation, c'est la seule région tout entière qui a été annexé dans le Reich Allemand avec la Moselle. Hitler avait dit qu'il faudrait à peu près 15 ans pour faire des alsaciens de véritables nazis. Fort heureusement, l'Histoire ne lui a pas donné raison. En conclusion, c'est tout de même assez intéressant de suivre cette BD pour ce qu'elle raconte et qui n'est pas très souvent mis en lumière. C'est un peu la forme qui pêche mais le fond reste assez remarquable.Le 18/06/2024 à 00:17:49
Tout part du fleuve et tout revient au fleuve. Magnifique récit initiatique qui nous est livré ici. Ouvrage mémoriel et familial. Ouvrage didactique et important. Carle ne nous fait pas de cadeau et nous confronte rapidement à ce que l'on peut faire ou penser de pire. Mais au final, quelle magnifique leçon de transmission, de souvenir et d'hommage. Malgré la dureté de cette oeuvre, elle reste accessible à tous et offre un témoignages attachant, important et indispensable.Le 09/03/2024 à 09:54:29
Quelle belle œuvre ! Il y a bien sûr la découverte de l'engagement d'adolescents alsaciens contre le nazisme et la main-mise allemande sur l'Alsace, leur engagement total malgré l'emprisonnement et l'enrôlement de force dans les troupes allemandes. Il y a aussi cette transmission familiale entre un grand-père et son petit-fils, On sent délicatement combien leur proximité est celle de l'apprentissage de la pêche à la mouche et pas celle du passé que le grand-père n'évoque pas. Alors pour cela, il y a ces berges du Rhin si magnifiquement dessinées par Grégoire Carlé, ces insectes qui peuplent les rivières, qui sont le trait d'union entre le grand-père et son petit-fils. Une belle œuvre de mémoire familiale et collective, une belle description d'une nature, celle des bords de la rivière, qui est un hymne et un appel à garder conscience et souvenir de l'horreur que peut produire l'homme et de la beauté de la nature.BDGest 2014 - Tous droits réservés