Résumé: Vous êtes-vous déjà demandé quelles histoires pourraient se cacher derrière les fausses couvertures dessinées par Charles Burns?? C'est précisément ce que propose d'explorer Funestes amours.
Deux ans après la parution de Caprice, qui présentait une trentaine de couvertures fictives de comics, Charles Burns signe son grand retour dans la collection Kim avec une nouvelle bande dessinée pensée comme un miroir de ce premier volume.
Dans Funestes amours, l'auteur de Dédales livre trois récits inédits qui pourraient bien être les histoires imaginées derrière ses faux comics à l'eau de rose. Jouant avec l'esthétique romanesque des années 1950, Burns compose des intrigues empreintes de mystère, de drame et de passions déchaînées. Inspiré par le clair-obscur qui laisse place au non-dit, il tisse une narration envoûtante, où les motifs récurrents s'entrelacent d'une nouvelle à l'autre.Manipulant à sa guise personnages, cases et situations, l'auteur construit à chaque fois un récit nouveau, teinté des échos du précédent. Funestes amours s'impose ainsi comme un véritable exercice de style, aussi troublant que captivant.
En complément indispensable de Caprice, ce diptyque forme un pastiche saisissant des comics des années 50, oscillant habilement entre hommage et satire.
C
harles Burns n'a jamais caché sa fascination pour les comics sentimentaux. Ils sont omniprésents dans Toxic et il avait déjà imaginé, dans Love Nest, Sweet Dreams ou encore Caprice, de nombreuses illustrations et couvertures fictives dédiées à ce genre. Mais à quoi ressemblerait une romance passée à la moulinette de l'auteur de Black Hole ? Funestes amours apporte un élément de réponse.
Pour commencer, il faut une héroïne confrontée à un choix dangereux. Doit-elle céder à la passion ou écouter la voix de la raison ? Non sans une part d'interdit - sinon, quel serait l'intérêt de ce type de récit ? -, la transgression est donc inévitable. Voilà de quoi stimuler l'imagination de Burns. Il imagine trois récits qui s'approprient les stéréotypes de ces pulps, pour mieux les détourner. Une femme vit une romance mystérieuse avec un homme qu'elle retrouve en cachette tous les soirs. Qui est-il vraiment ? Une jeune fille fait une révélation inattendue à sa colocataire, quitte à la choquer. Enfin, une amnésique tente de reconstituer les heures précédant l'accident qui l'a clouée sur un lit d'hôpital.
Les trois intrigues qui composent ce recueil semblent reliées, mais le sont-elles vraiment ? Elles s'emboitent imparfaitement, comme des poupées russes endommagées. La présence de quelques personnages récurrents suggère un lien, même s'il reste trouble. Le canevas général semble évident, mais l'ensemble évoque plutôt des songes enfiévrés brouillant les fontières entre réalité et fantasmes. Un imaginaire de conte de fées accentue encore le sous-texte sexuel. Que pourrait bien représenter une silhouette obscure dans une forêt, séduisant une innocente enfant ? De plus, l'auteur joue indubitablement du male gaze, jusqu'à l'exposer de manière complètement absurde dans le parfaitement malaisant courrier des lecteurs qui clôt ce volume.
Le côté glauque des scénarios reflète indubitablement l'obsession malsaine de la gent masculine. Les situations perverses servent avant tout à satisfaire des pulsions de domination, réduisant les héroïnes à la fonction de proie. La soumission semble la seule issue pour échapper à la tragédie. Si Funestes amours est sans doute un exercice en mode mineur, il n'en reste pas moins réjouissant, à ne pas prendre au premier degré, bien évidemment.
Les avis
Eric DEMAISON
Le 05/12/2025 à 11:15:53
Où à travers 3 histoires (un peu perverses), il est question d'amour, de sexe, de bandage, d'accidents de voiture....
Entrelacs de destins dans les scénarios qui donnent un fond irréel à l'ensemble.
Et toujours le style graphique inimitable.