Résumé: Charles Brooks, riche banquier fantasque, meurt dans un accident de voiture aux circonstances troubles. Sa fille, Magda qui ne l'a pas vu depuis près de dix ans, hérite de sa vaste demeure. Alors qu'elle ouvre une à une toutes les pièces de la maison elle découvre, glissé dans une housse, un robot bleu acier mis en veille ... C'est Karl, l'androïde-majordome de son père disparu. Pour Magda, qui préfère les relations humaines aux technologies, Karl n'est qu'un objet froid. Que va-t-il lui révéler quand elle décide de le rallumer... ?
A
près dix ans d’absence, Magda revient sur les lieux de son enfance, dans cette maison que son père lui a léguée à sa mort. Dans un coin du bureau de feu Charles Brooks, elle découvre – sous une simple housse - Karl, le robot-majordome de ce dernier. Alors commence une étrange relation qui, au fil du temps, conduira la jeune femme, comme l’androïde, à s'interroger sur l’indicible frontière entre l’Homme et la machine qu'est la conscience….
Cyril Bonin est de ces auteurs qui, discrètement, album après album, construisent une œuvre singulière, tant par la profondeur de leur propos que par l’attrait de leur graphisme.
Chaque nouvelle parution de l’auteur d’Amorostasia est l’occasion de questionner sur la teneur des rapports humains. Ici, Magda se retrouve face à un robot qui, progressivement, sort des sentiers balisés de la cybernétique… Ce face-à-face, maintes fois traité, trouve ici un développement des plus personnels, puisqu’il permet aux deux protagonistes d’explorer de nouveaux territoires ou d’en redécouvrir d’anciens, oubliés. Ce faisant, un grand nombre de thèmes sont abordés, allant du deuil à la relativité générale d’Einstein, en passant par le vol d'un papillon, l’appréhension de soi (et des autres) ou la responsabilité pénale d’une machine… Autant de concepts d’une richesse infinie que Cyril Bonin, dans un style élégiaque, ne fait cependant qu’effleurer, certes avec beaucoup justesse, mais au prix de frustrantes ellipses et ce malgré une pagination riche de plus d'une centaine de planches. Graphiquement et curieusement, l’ex-élève des Arts décoratifs de Strasbourg opte pour un univers visuel proche de celui des années 50, mais qui aurait développé une science de la robotique poussée à sa toute extrémité sans aucun des abus communément admis ! Ceci lui permet toujours de cultiver un trait, si particulier et élégant dans sa retenue, servi par une palette de couleurs des plus automnales, qui baignent ce one-shot d’une luminosité étirant la temporalité du récit, Ce qui est sous-entendu devient alors aussi important que ce qui est dit.
Karl se singularise par un traitement atemporel où passé et futur s’entremêlent autour de l’une des questions intrinsèques à l’Humanité : celle de sa propre conscience. Pour l’heure, Cyril Bonin évite habilement les écueils du genre, offrant une fiction intimiste où la technologie est simplement posée comme le révélateur des contradictions et des aspirations de tout un chacun !