Résumé: À partir d'une question ordinaire, '' nos téléphones nous écoutent-ils ? '', une journaliste enquête sur la surveillance et décrypte la transformation de nos démocraties en kleptocraties autoritaires.
Nos téléphones nous écoutent-ils ? Une journaliste entame une enquête sur la surveillance. De Cambridge Analytica à Pegasus, Predator et Red Wolf, en passant par l'arrivée de la vidéosurveillance algorithmique et de la reconnaissance vocale, elle lance l'alerte sur cette surveillance de masse, ces logiciels espions et autres armes futures mettant en péril notre sécurité et nos vies privées.
U
ne journaliste et son amoureux discutent de leurs prochaines vacances. Peu après, leurs fils Facebook leur suggèrent des destinations de voyage. Simple coïncidence ou espionnage de poche ? La reporter mène l'enquête.
Hypersurveillance propose une synthèse des enjeux liés à la confidentialité : téléphones indiscrets, logiciels espions, surveillance de masse ou ciblée, tout cela n’est pas rassurant. La démarche se veut rigoureuse ; pour documenter son propos, la correspondante tend le micro à des spécialistes de l’intelligence artificielle, à des développeurs de produits de haute technologie, de même qu’à des lanceurs d’alertes.
En une demi-douzaine de chapitres bien documentés, elle démontre comment, en quelques années à peine, toute une industrie s’est mise en place. Autour d’une poignée de grandes entreprises connues s’est développé un écosystème qui aspire, compile, conditionne et monnaye les traces numériques de tout un chacun. Les principaux clients sont les commerçants et les gouvernements. Les uns promettent des publicités mieux ciblées, les autres la sécurité. Au mieux, le citoyen y perd son anonymat et son libre-arbitre. Au pire, il est traqué par un État totalitaire.
La lecture est âpre, mais en multipliant les points de vue et les intervenants, la scénariste arrive à donner un certain rythme à son propos. Cela dit, Hypersurveillance n’a rien d’un divertissement.
Le reportage est porté par le dessin hyperréaliste de Rémi Torregrossa. Essentiellement en support au discours, les illustrations présentent une abondance de gros plans de la journaliste et de ses interlocuteurs, tellement qu’elles finissent par créer un huis clos un peu statique. Les images en teintes de gris sont rehaussées de touches de couleur dont la pertinence narrative laisse parfois perplexe.
Une bande dessinée instructive, qui fait froid dans le dos. À la vitesse où les technologies progressent, notamment avec les développements de l’intelligence artificielle, le lecteur se demande si cet album ne sera pas rapidement victime dune obsolescence... certainement pas programmée.