Le 03/03/2026 à 07:18:20
Fredrick Wertham était un psychiatre vilipendé par les amateurs de pop culture et de BD en particulier, à la suite d'une campagne très agressive menée contre les comics dans les années 1950. Les auteurs enquêtent et relatent le parcours de cet ultra-conservateur qui a failli avoir la peau de la bande dessinée. Que diantre, rien que cela ! Encore une fois, je ne connaissais pas ce sinistre personnage égocentrique et hypocrite qui a eu une grande influence néfaste sur le comics américain. Une telle lecture est par conséquent assez salutaire et instructive à la fois. C'est le genre d'homme à lancer une croisade contre la mauvaise influence des comics sur la jeunesse américaine. Il a quand même pourri la carrière de nombre d’auteurs. Cela me rappelle l'épisode de la dinde du Poitou contre les mangas et leur influence néfaste en France sur la jeunesse. Marre de ces ayatollahs et de leur chasse aux sorcières ! On voit un psychiatre assez ambitieux qui parvient finalement à officier auprès du tribunal criminel de Manhattan où il évaluera l'état mental de chaque inculpé ce qui lui donne accès à des dossiers criminels assez passionnants. C'est l'affaire Fisch qui sera le déclencheur de sa pensée. En effet, dans cette affaire, il ne parviendra pas à faire plaider la folie pourtant manifeste. Il comprendra que c'est la société qui éprouve une culpabilité car elle n'a pas réussit à protéger les enfants qui en devenir peuvent basculer. On assistera également à des erreurs de jugement assez perturbant durant l'affaire Robert Irwin où il s'était pris d'amitié avec un futur tueur en série. Il se justifiera plus tard en se vantant d'être le psy d'une personne avant qu'elle ne passe à l'acte et que ceci résulte d'une maladie mentale jusqu'ici inconnue. La belle affaire ! On voit également une différence de traitement entre une personnalité agressive du Dr Wertham vis à vis de ses collègues mais qui se révèle être compassion et empathie vis à vis de ses patients même les plus vils et monstrueux. Cependant, il n'hésitera pas à se soucier du bien-être psychologique de la communauté afro-américaine en ouvrant une clinique dédiée et en minimisant les tarifs de consultation. C'est là qu'il prendra conscience que la consommation de comics par les enfants peuvent les influencer dans le mauvais sens du terme. Une conclusion sans doute trop hâtive qui ne sera d'ailleurs pas exposée dans une revue scientifique qui aurait pu faire réagir ses pairs. Il y a en effet une différence entre quelques enfants psychologiquement perturbés et des millions d'enfants qui lisent des comics sans trucider leurs parents. Tout dépend de l'environnement réel dans lequel vit l'enfant et non de la lecture d'un comics. Il mènera dès lors une croisade contre l'industrie des comics tout en plaidant contre la ségrégation raciale dans les écoles publiques. Il se servira de sa notoriété mais également de médias comme la radio ou la télévision. Evidemment, il recevra l'aide de l'église catholique dans son combat. Des autodafés où les comics seront brûlés auront même lieu dans les années 50. Les auteurs de comics seront mal vu et certains abandonneront leur carrière. Bref, les comics qui sortiront seront beaucoup plus light au niveau de la violence. Fort heureusement, la mentalité va évoluer grâce à d'autres psychologues, sociologues et commentateurs culturels. La position de Wertham deviendra alors marginale. De l'effondrement du comics, on assistera à une renaissance dans les années 60 et 70. Lorsqu'il mourut, on va uniquement se focaliser sur sa croisade fanatique et non sur ce qu'il a accomplit de positif comme sa contribution dans les procès contre la ségrégation scolaire. Il avait à cœur la santé mentale des enfants mais il menait pas le bon combat. Le graphisme d'Eric Powell avec cette colorisation tout en sépia arrive à recréer une ambiance terne et grise digne de l'époque et du personnage. Le style me fait penser à du Will Eisner ce qui est loin d'être une insulte. Bref, beaucoup de plaisir avec cette excellente BD qui retrace l'histoire du comics et de ce personnage qui lui a fait beaucoup de mal.Le 21/12/2025 à 15:27:20
Dans Dr Wertham, on est plongé dans une biographie documentaire qui interroge autant l’histoire de la psychiatrie sociale que l’impact culturel des comics aux États-Unis des années 40–50. Le récit met en perspective la carrière complexe de Wertham : de l’étude des crimes les plus sordides à sa croisade contre la violence juvénile et les bandes dessinées, avec la création du fameux Comics Code ; le tout dans un contexte de ségrégation et de tensions sociales. La narration éclatée, alternant texte dense et illustrations noir et blanc aux styles variés, confère à l’album une identité entre roman graphique et ouvrage d’analyse. Si certaines sections m’ont paru verbeuses ou éprouvantes, l’ensemble repose une interrogation stimulante sur les « peurs culturelles » et le rôle des médias dans la construction de l’imaginaire. Au final, c’est une lecture fascinante mais exigeante, qui ne plaira pas à tout le monde tant elle privilégie l’analyse documentaire à l’action narrative. Pour lire mon avis complet, c’est ici : https://www.alphabulle.fr/dr-wertham-psychiatrie-comics-et-controverses/BDGest 2014 - Tous droits réservés