Info édition : Réédition augmentée (une histoire en plus) + une postface signée de Jan Donkers
Résumé: Dans les pins , fort justement sous-titré Ballades Meurtrières , propose 6 histoires courtes à vous glacer le sang. Elles se déroulent toutes dans l’Amérique profonde des années 1920, un temps où les armes et la religion faisaient la loi. Une époque où ils ne faisaient pas bon vivre pour les pauvres, les noirs et les femmes…
Les Murder Ballads sont une composante importante de la musique populaire américaine et un sous-genre de la ballade traditionnelle. Leurs paroles ont toujours un meurtre (et ses conséquences pour leur auteur) comme thème. Erik Kriek a choisi six de ces chansons, dessinées dans son style inimitable, chargé de tension et de cauchemar, pour en faire des œuvres originales qui n’appartiennent qu’à lui.
La postface érudite et passionnante de Jan Donkers explique la genèse de chaque titre, en le remettant dans son contexte et en en expliquant l’origine et les (nombreux) interprètes qui l’ont popularisé.
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our une fois, commencez par la fin de l’album. En effet, la postface signée de Jan Donkers apporte un éclairage indispensable pour comprendre la démarche suivie par Erik Kriek dans la création de Dans les pins. Les six histoires qui composent l’album sont basées sur des chansons traditionnelles américaines, des «Murder Ballads» plus précisément. Comme leur nom l’indique, il y est question d’un crime, souvent passionnel et elles se finissent généralement très mal. À partir de ce canevas, les variations sont évidemment multiples, comme les différents tenants et les aboutissants.
Un récit maritime avec un fantôme, un alibi impensable à avouer, un malentendu tragique sur fond de racisme, un magot à se partager, etc., chaque scénario plonge le lecteur dans une situation impossible et hautement dramatique. Les USA du XIXe et de la première moitié du XXe siècle servent d’écrin. Un petit air de western ici, l’appel du large façon Herman Melville un peu loin et même un coup de blues bien senti, le lecteur est immédiatement en terre connue. Seulement, méfiez-vous, l’approche réaliste de l’auteur de L’Éxilé se montre sans concession. À l’image de America de James Sturm, il s’agit d’une Amérique dure et sans pitié où l’individualisme règne en maître. Résultat, les morales pourraient bien être très différentes de celles enseignées à la «Sunday School».
Une légère mise en couleurs en bichromie habille des planches au noir & blanc puissant. Trait expressionniste rappelant la gravure sur bois et maîtrise impeccable du clair-obscur, le travail du dessinateur s’avère impressionnant de force et de ressenti. À cela s’ajoute un jeu très intéressant sur le découpage. La forme des cases change, se distord pour accompagner le déroulement des évènements. Ces ondulations rappellent intelligemment l’origine musicale de ces fables. L’astuce est bien vue et, là aussi, parfaitement maîtrisée, présente, sans être écrasante.
Réédition augmentée de l’édition parue chez Actes Sud - L’an 2 en 2016, Dans les pins est une lecture passionnante et chargée d’émotion. Une autre vision des États-Unis et de leur histoire que les amateurs ne devraient pas laisser passer.