Info édition : Pour la réédition de 2025 les auteurs ont redessiné certaines cases pour s'attribuer le rôle des 2 lecteurs. La mise en couleur a également été revue et corrigée. Dossier de 23 pages avec photos et dessins sur l'aventure éditoriale de Hara-Kiri par Stéphane Mazurier et un entretien de 11 pages avec Joub & Nicoby par Christelle Pissavy-Yvernault en fin de volume.
Résumé: Depuis son premier numéro en septembre 1960, le journal Hara-Kiri, qui n’avait qu’une ligne de conduite : rire de tout, a survécu au rythme des interdictions, des procès de personnalités et des ministres outragés…
L’histoire de Hara-Kiri est fascinante tant le journal a fait exploser les barrières de l’humour et révélé des talents. La rédaction de Hara-Kiri, de Charlie Hebdo, de La Gueule ouverte et d’autres encore, était un repaire d’anars, de révoltés visionnaires, de marginaux, qui ont contribué à faire de ce journal un symbole de la liberté d’expression. Il y avait de la provocation, de la bêtise et sûrement de la vulgarité… Aujourd’hui, Hara-Kiri appartient à notre mémoire collective et son histoire a maintes fois été racontée par ceux qui l’ont faite. Daniel Fuchs était l’un d’entre eux. Quarante ans après, il continue de dire : « Putain ! Hara-Kiri, ça, c’était un journal ! » et de raconter mille souvenirs qui rappellent ce que c’était que d’œuvrer dans les coulisses. C’est cette parole que Joub et Nicoby ont décidé de recueillir et de transposer dans une bande dessinée à mi-chemin entre le documentaire et le témoignage, accompagnée d’une préface de Stéphane Mazurier, historien qui a soutenu une thèse intitulée… L’Hebdo Hara-Kiri/Charlie Hebdo, un journal des années 1970 (1969-1982). Mes années Hara-Kiri nous permet de redécouvrir l’espace d’un instant le récit d’une époque à travers l’une des plus belles aventures de la presse. Zoom sur une époque de liberté et d’audace où l’on a cru pouvoir rire éternellement, se moquer des riches et des puissants et changer le monde…
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n peu par hasard, Daniel Fuchs – ne cherchez pas, ce nom ne vous dira rien – s’est fait embaucher comme comptable par George Bernier alias le Professeur Choron. Au lieu de se pencher sur les chiffres, il va devenir un peu l'homme à tout faire, à la fois livreur, « modèle », déménageur et vendeur d'une étrange entreprise. Bienvenu chez Hara-Kiri.
Véritable pan de l’histoire de l’édition française, pendant près de vingt ans, les Éditions du Square et ses véhicules, Hara-Kiri puis Charlie Hebdo, ont été le creuset d’une certaine BD « adulte », iconoclaste et politisée. Reiser, Wolinsky, Cabu, Cavanna, Gébé, Fred, Vuillemin et, à leur tête, l’inénarrable Professeur Choron ont tout osé, tout essayé pour se payer la tête de la société.
Joub, que l’on connaissait jusqu’à présent comme dessinateur (Géronimo, Max et Zoé) change de rôle et scénarise les souvenirs de Daniel Fuchs. Ce dernier, presque en Candide, se révèle être un témoin de choix pour raconter les différents épisodes de la très mouvementée histoire du Square. Le récit se concentre tout particulièrement sur le patron. Pierre angulaire de cette aventure, George Bernier est un personnage complexe. Il est capable du meilleur, la création d’une entreprise de recyclage de papier pour récupérer les vieux stocks d’imprimeurs afin de réduire ses coûts de matières premières est une idée à la fois géniale et avant-gardiste. Par contre, piètre gérant, il n’hésite pas à user de tous les artifices pour masquer la situation laborieuse de ses finances. À cours de liquidité, il n’hésite pas à se faire passer pour un mafioso (Fuchs joue alors le rôle de garde-du-corps patibulaire) pour effrayer des créditeurs un peu trop naïfs. C’est également un hédoniste qui transforme chaque clôture du journal en bacchanales décadentes. Si le côté anecdotique est très bien raconté grâce à la mémoire de Fuchs, le récit manque un peu de recul sur son sujet. Un rappel sur les conditions politico-sociales de l’époque et la place des Editions du Square dans celles-ci aurait été des plus pertinentes.
Nicoby est un dessinateur à plusieurs facettes. Son style oscille entre un trait réaliste pour des histoires « sérieuses » (Les ensembles contraires) et une approche plus lâchée pour des titres humoristiques (Les chroniques layettes). Dans Mes années bêtes et méchantes, il a logiquement choisi cette dernière approche. Sans tomber dans la caricature, il a très bien su croquer les différents protagonistes « historiques ». Il s’offre même un sympathique hommage à Reiser dans une scène typée « gros dégueulasse ».
Mes années bêtes et méchantes est une très bonne introduction à une époque où, semble-t-il, tout était possible.