Le 30/12/2025 à 18:30:06
Suite de la série Contrapaso de Teresa Valero : une nouvelle enquête dans l'Espagne franquiste des années 50 qui voit arriver les GI, le cinéma et la télévision. Un album un peu en-dessous du précédent. Notre année commence bien avec le travail réalisé l'an passé par l'espagnole Teresa Valero qui signe avec Contrapaso le scénario et le dessin de cette série policière, prétexte pour apporter un point de vue féminin, un contrepoint, sur les années sombres du franquisme. Au rendez-vous : histoire, policier et féminisme, il n'en fallait pas tant pour nous attirer. Le premier épisode, sous-titré Les enfants des autres, était paru en français (chez Dupuis / Aire Noire sous l'égide de Doug Headline que l'on connait comme scénariste mais qui officie également comme éditeur) en 2021 et vient d'être réédité sous une nouvelle maquette à l'occasion de la sortie du second tome qui, lui, est sorti en septembre 2025 sous le titre : Pour adultes avec réserves. Un troisième et dernier épisode est attendu avec impatience ! Pour adultes avec réserves c'était l'une des classifications de la censure franquiste concernant le cinéma espagnol, la classe 3R sur une échelle de 1 à 4, puisqu'il sera beaucoup question de cinéma dans cet album. Octobre 1956 : grâce à l'influence américaine, l'Espagne franquiste se refait une beauté et entre à l'ONU. Face à la menace soviétique (mieux vaut le franquisme que le communisme, n'est-ce pas), les États-Unis installent leurs avant-postes en Europe : les accords de Madrid sont signés en 1953 et plusieurs bases militaires US sont implantées sur le territoire espagnol. Dans le même temps, les phalangistes perdent une partie de leur influence au profit de l'Opus Dei. Rappelons également que Teresa Valero s'appuie sur de nombreux faits, lieux et personnalités bien réels de l'époque : le cinéma qui jouxtait les locaux de la police de la DGS, l'hôtel Hilton, le drive-in, le bar Chicote, les films tournés en double version (une censurée pour l'Espagne, une autre pour l'étranger), l'avènement de la télévision, ... Dans un dossier qui accompagne l'album, l'auteure nous rappelle que son récit est nourri d'histoires vraies comme celle du documentaire sur la pauvreté des migrants espagnols qui sera "volé" et entièrement manipulé et remonté par la télévision espagnole, ou celles des spéculations immobilières et foncières de magouilleurs (dont la propre sœur de Franco) qui profitèrent des troubles liés à la révolution et à la contre-révolution. Le lecteur a le plaisir de retrouver les deux comparses : Emilio Sanz, le vieux journaliste désabusé, revenu de tout, trop bienveillant avec le franquisme qui le nourrit, fatigué de ses compromissions avec la censure et le régime. Et, Léon Lenoir, le jeune français ambitieux qui croit encore à la vérité mais que le vieux bougon traite toujours comme son valet. Deux voix que tout oppose pour nous raconter une même époque. C'est le sens même du titre de la série, Contrapaso, contrepoint en français, quand « deux lignes mélodiques différentes sont interprétées en même temps » nous rappelle Teresa Valero. Cela fait bientôt 17 ans qu'Emilio Sanz court après un tueur en série et voici justement la dix-septième victime ... L'enquête va nous faire visiter les coulisses du cinéma espagnol de l'époque. ➔ Le lecteur a bien sûr le plaisir de retrouver l'excellent duo d'enquêteurs que tout oppose, l'âge comme le parcours, les méthodes comme les sympathies politiques. On apprécie le travail de reconstitution de ces années passées : les lieux et les décors, les usages et les costumes, tout est au diapason pour nous replonger dans l'Espagne franquiste des années 50 ... Cette BD est écrite comme un roman noir et le dessin, toujours aussi élégant, tire habilement parti d'autres éléments graphiques : photos, affiches, publicités, et bien sûr ici films et actualités cinéma ... ➔ Du côté de l''intrigue c'est plutôt complexe et touffu. On s'y perd quelquefois et le fil est souvent difficile à suivre. Il n'y a pas l'unité de ton qui faisait la force du premier épisode et Teresa Valero semble plus préoccupée de dresser un portrait aussi complet que possible de l'Espagne franquiste que de guider son lecteur dans une profusion de faits et de détails historiques. Espérons que le dernier épisode de la trilogie reprendra la main pour terminer cette fresque en beauté, comme elle avait commencé ... car le tueur en série court toujours !Le 23/10/2025 à 16:37:56
Deux … un pour le travail de cette somme, et un autre pour l’histoire d’Espagne qui est toujours captivante Pour le reste, je me suis totalement perdu dans un scénario que j’ai trouvé confus et destructuré. Une foultitude de personnages, une enquête qui n’en est pas vraiment une … bref, je me suis demandé où on voulait en venir et s’il y avait réellement une histoire, un peu comme une avalanche d’éléments posés en vrac, et à nous de nous débrouiller ! A la rigueur, si l’histoire se passait à Tossa de Mar, on aurait pu apercevoir Ava Gardner !!! Très loin du premier opus !Le 05/10/2025 à 13:48:48
J'ai été autant déçu par cet album que j'étais impatient de sa sortie, tellement le Tome 1 m'avait transporté. Le dessin et la colorisation sont toujours aussi magnifiques, mais ce qui m'a perdu, c'est le scénario. Arrivé à la moitié de l'album (90pages, la moitié...!), j'ai même relu le premier opus tellement j'étais perdu, pensant avoir raté quelque chose. Mais Non! J'ai compris finalement qu'on n'est pas vraiment dans un polar (du coup, est-ce que ça a sa place dans la collection "Aire Noire"? ...), mais plutôt dans une description, une critique, de l'Espagne sous la dictature de Franco ave ses profiteurs/profiteuses et ses laissé.e.s pour compte. Et le tout abordé, cette fois, sous l'angle de la censure dans le cinéma, la partie polar ne servant que cette finalité. Ca pourrait être intéressant, mais c'est long, long. Le dessin ne suffit pas à captiver. Il y a trop d'histoires, trop "d'histoires dans l'histoire", trop de protagonistes, trop d'époques mélangées, trop de combats abordés. Pêle-mêle : la liberté d'expression bafouée, les minorités invisibles, la prostitution, l'homosexualité, la place d'un clergé pas toujours bienveillant, etc..., etc... C'en est trop. Je me suis perdu, la traque au tueur en série est inexistante. Il sert de fil rouge presque invisible entre les 2 tomes, mais on n'avance pas dans l'enquête qui passe totalement en arrière-arrière-plan. Il y a trop de mélanges, il faudrait prendre des notes. Pas sûr que même l'IA pourrait faire une synthèse d'un tel album fouillis! L'autrice sait où elle va, je n'en doute pas, mais elle n'arrive pas à nous y emmener car elle ne propose pas de ligne directrice, ça part dans tous les sens. Une BD peut faire réfléchir, proposer des sujets pas forcément "gentils". Mais il faut que ça reste quand même un moment de détente, une lecture agréable. Pas une recherche de résolution d'équation différentielle du 3ème ordre!!!! La fin m'a laissé de marbre. A la fois elle tombe comme un cheveux sur la soupe et également c'était ce à quoi on s'attendait. Je sors de cette lecture non seulement déçu, mais également mal à l'aise d'avoir le sentiment d'être passé à côté de quelque chose que je n'ai pas compris. Ce n'est quand même pas le but quand on achète (cher!) une BD !Le 27/09/2025 à 17:52:46
Pas simple de donner un avis sur un pavé de 180 planches plus un dossier de 10 pages en fin d'album mais essayons ! Dans ce deuxième tome d'une trilogie annoncée, nous voici reparti sur la trace d'un tueur en série, vieux cauchemar d'Emiliano Sanz, journaliste chevronné aux faits divers du journal "La Capitale" secondé par le "Gabacho" Léon Lenoir et renseigné par l'inspecteur Casado. Mais comme dans le premier tome, l'enquête dérive très vite pour nous emmener dans une nouvelle description de l'Espagne Franquiste des années 50 avec comme toile de fond cette fois ci l'immobilier et la censure dans le cinéma national alors même que prolifèrent dans le pays les productions US. Evidemment, tout est prétexte dans le scénario à une sévère critique de l'époque et nombres de personnages sont odieux, qu'ils soient réellement idéalistes ou opportunistes. D'autres apparaissent simplement comme des survivants. Il faut parfois s'accrocher car sur une telle histoire le scénario est plutôt conséquent et le dessin fourmille de détails et de références Une énorme série qui deviendra indispensable si le troisième tome s'avère aussi réussi... Mais pitié, pas dans 4 ans !BDGest 2014 - Tous droits réservés