Résumé: À la fin du XIX siècle, Jules, un officier français est envoyé au Japon, alors que s'achève l'ère Edo et que le pays du Soleil levant bascule... Embarqué dans la Guerre de l'Année du Dragon, Jules va découvrir un monde inconnu et rallier les derniers samouraïs. Au fil de son aventure, luttant contre les injustices de son temps et ses démons intérieurs, il va rencontrer Shizuka. Ce roman graphique, à la fois brutal et poétique, mêle passion, violence et souffle romantique, à travers le regard de celle qui va changer sa vision monde.
F
rance, deuxième moitié du XIXe siècle. Enfant délaissé, Jules grandit en étant la tête de Turc de son bourg. Pas vraiment un délinquant, il traîne seul et, à la suite d’un malentendu, est accusé de meurtre. Pour échapper à la guillotine, il accepte de s’engager dans un bataillon disciplinaire. Il devient artilleur et monte même en grade au fil des campagnes. Dans la vie civile, il n’est rien, là, il est capitaine. À l’autre bout de la planète, le Japon veut se moderniser et a besoin de conseillers militaires. Il est sélectionné afin d’aller partager ses connaissances balistiques. Départ vers l’Extrême-Orient ; la société et la population qu’il y découvre vont venir bouleverser toutes ses certitudes sur la nature humaine.
Même si un certain esprit d’aventure «prattien» plane sur Ce monde n’existe pas, Martin Quenehen démontre qu’il n’a pas besoin de Corto Maltese pour emporter le lecteur sur des rivages lointains. Violente, désespérée et passionnée, la trajectoire de Jules se montre pleine de fracas et de drames. Les bouleversements sociétaux de l’ère Meiji servent de cadre historique à l’éveil existentiel d’un héros tragique semblant tout droit sortir d’un texte initiatique romantique. La rencontre de Jules, l’écorché vif avec Shizuka, la geisha de bas étage va justifier tous les excès. Le monde peut bien s’écrouler et les traditions de disparaître : «Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point», comme disait Blaise Pascal.
Superbes et fragiles dessins à l’aquarelle, jeux de lumière intimes et radicaux, Antoine Cossé illustre ce conte cruel d’une manière sensible et puissante à la fois. Généreux côté ressenti (les regards !), précis et évanescent en même temps, sachant même être espiègle (la projection en pseudo 3D des batailles japonaises), le trait tout en légèreté impose une atmosphère des plus agréables aux planches. Celle-ci est renforcée par des couleurs lumineuses. Résultat, impossible de ne pas être touché et emporté par cette suite de péripéties mêlant sentiments exacerbés et combats sanglants.
Visuellement à peine impressionniste et vaguement expressionniste par moments, Ce monde n’existe pas est une œuvre des plus originales. Remplie de tumultes, autant réels que purement intérieur, la quête de Jules ne se terminera pas sur un trésor magique, mais, au moins, il aura tout essayé. Une très belle et touchante réussite, aussi bien thématiquement que formellement.