Info édition : Noté "Première édition".
Couverture avec vernis sélectif. Dos toilé.
En fin de volume, postface de Dan Franklin (2 pages), commentaires et cahier iconographique (8 pages).
Résumé: Il y a deux cents ans, l'Angleterre perdit la guerre contre Napoléon. Comme le reste de l'Europe, elle fut envahie par la France et la famille royale fut guillotinée. Mais après une période marquée par des attentats meurtriers et une répression brutale, le jour tant attendu de l'Indépendance est proche !
C'est dans ce contexte de tension sociale et politique extrême que Stamford Hawksmoor va se retrouver impliqué dans une affaire de chantage et de meurtres impliquant des membres éminents de la haute société...
L
e jeune inspecteur aux affaires criminelles Stamford Hawksmoor doit gérer une vague d'assassinats. Des prostituées sont massacrées selon un rituel identique. Un minable pickpocket semble avoir été victime du même meurtrier. Pour couronner le tout, le propre frère de Hawksmoor s’est suicidé, mais cela dénote complètement avec son caractère éminemment orgueilleux. Se pourrait-il que toutes ces affaires soient liées ? En toile de fond, après une période marquée par des attentats sanglants et une répression brutale, le jour tant attendu de l'Indépendance de la Perfide Albion s'annonce !
Bien que la saga Grandville soit officiellement terminée, Bryan Talbot a décidé d'en faire découvrir plus sur ce riche univers qui fourmille de références. Ce volume se présente comme un préquel (situé vingt ans avant et qui peut se lire indépendamment) avec, comme figure centrale, le mentor de Lebrock, le détective Stamford Hawksmoor (rencontré dans le dernier tome Grandville – Force majeure). L'auteur immerge de nouveau dans un polar qui interroge finement sur les tentations liées à l'exercice du pouvoir, la mince limite entre résistance et terrorisme et l’utilisation du patriotisme au service la haine. Pour rappel, le lecteur fait face à une uchronie dans laquelle la France a colonisé et occupé l’Angleterre grâce à Napoléon 1er. Il règne donc une sorte d’époque victorienne mâtinée de steampunk avec des animaux anthropomorphes.
Bryan Talbot entremêle plusieurs intrigues tout en dressant le portrait d’un héros complexe, à la vie amoureuse anarchique et entièrement investi dans ses enquêtes jusqu’à franchir la ligne rouge, légale et morale. C'est dans ce contexte de tension sociale et politique extrême que le policier va se trouver impliqué dans un cas de chantage et de crimes impliquant des membres éminents de la haute société. Les protagonistes sont nombreux et les interactions complexes. Cependant, le talent de narrateur de l'artiste captive et tient le lecteur en haleine jusqu'au dénouement, sombre et grandiose.
Les dessins sont magnifiques. Une profusion de détails dans les décors, une reconstitution d'ambiance rétrofuturiste réaliste, des têtes d'animaux expressives et des séquences d'action dynamiques : autant d'éléments à verser à la liste des qualités de cette œuvre. La technique à l’aquarelle utilisée, toute en teintes ocre, extrapole parfaitement les ambiances à la Jules Verne et ravira les détracteurs de la couleur un peu artificielle utilisée dans la série principale.
Les Carnets de Stamford Hawksmoor est une œuvre riche au scénario dense et aux personnages profondément humains, que se soit dans leurs ambivalences, leurs faiblesses et leur grandeur. Elle peut aisément se hisser aux cotés de Blacksad, autre série de référence dont elle partage le style et fait montre de qualités similaires.
La preview
Les avis
ALG67140
Le 13/01/2026 à 17:55:40
En entreprenant la lecture de cet ouvrage, j'apprends qu'il existe déjà une série (Granville) ayant façonné le contexte dans lequel je m'apprête à plonger. Heureusement l'auteur m'avertit en préliminaire qu'il n'est pas nécessaire de l'avoir lu et prétend même, qu'au contraire, c'est une excellente "porte d'entrée" vers son univers… J'entame donc rassuré.
L'action prend place fin du XIXème siècle aux derniers jours de l'occupation de la Grande Bretagne par une France napoléoniennes, au terme de deux siècles d'occupation après élimination de la monarchie en place (trop fort !). Le transfert du pouvoir imminent entre le brutal occupant frenchie et les prétendants à la gouvernance du pays avive les tensions dans toutes les strates de la société.
Dans ce contexte agité, l'inspecteur britannique Hawksmoor est appelé à enquêter sur une série de meurtres qui vont le mener des bas-fonds de Londres aux plus haut-lieux du pouvoir, en passant par les endroits les plus interlopes de la cité victorienne (mais sans reine Victoria donc, si vous suivez…). Une traque entravée par une guerre des polices des plus suspectes. La corruption et la cupidité seront bien entendu à l'origine des crimes les plus abjects qui jalonneront la piste de notre fin limier.
La densité de l'enquête et l'imbrication des situations s'inscrivent tout à fait dans l'univers Conan Doylien.
L'intrigue est bien menée sans que le tempo ne faiblisse et, malgré les multiples rebondissements, la narration reste fluide. L'élégance, mais aussi le flegme et la sagacité de notre détective à tête d'aigle résonne comme un bel hommage à son modèle Sherlock Holmes : même rejet des conventions sociales et esprit de déduction hors pair.
Mais moins cynique que sa référence, notre héros de la Criminelle fait preuve d'une plus grande compassion envers son entourage et ne se prive pas, lui, d'obéir à ses pulsions sentimentales et sexuelles...
Cette uchronie est l'occasion pour l'auteur de dresser une singulière critique d'une France colonisatrice, reniant ses valeurs universalistes héritées de la Révolution. Ce décalage historique est amusant car il n'est pas sans rappeler l'arbitraire des troupes anglaises qui occuperont l'Irlande du Nord bien des années plus tard…
C'est aussi pour l'auteur l'occasion de dresser un réquisitoire sévère contre la misère sociale des bas quartiers londoniens du 19ème où vivait un sous prolétariat exploité par l'élite dominante.
Le tout dans un décors de purée de pois qui respire l'humidité et la misère et où Jack l'éventreur n'est jamais très loin !
Cette atmosphère est très bien rendue par le choix réussi du monochrome sépia.
La qualité graphique des personnages zoomorphes n'a pas le brio de celle de la série Blacksad de Garnido mais le résultat est cependant assez bon et c'est toujours un plaisir de voir à quel point la symbolique animalière colle si bien à personnalité des personnages rencontrés au gré des pages.
L'auteur n'avait donc pas menti, la lecture est possible sans le background de la série Granville même si, comme on l'apprend en annexe, références et clins d'œil à la série pullulent dans le récit.
Au final un très bon moment de lecture et une série que je vais m'empresser de lire…
addrr
Le 12/12/2025 à 17:58:50
Dire que j’ai failli passer à côté de cet album. Tudieu ! À part ce sépia informatique dégueulasse des couleurs, c’est un sans faute absolu !
Ça le donne envie de lire Grandville maintenant, c’est malin ça
GOYOT JEAN-PAUL
Le 24/09/2025 à 16:19:11
une enquête passionnante, pleine de rebondissements et de plus très bien écrite. Le dessin animalier réaliste est aussi très beau.
Je recommande vivement.
Bedelisse
Le 22/09/2025 à 11:10:17
Toujours dans l’univers de Grandville, un préquel aux aventures de Lebrock à travers son mentor, dans une Angleterre bientôt indépendante de l’Empire français. Le style diffère de celui de Grandville, mais j’ai été captivé de bout en bout. Une mention très bien pour la qualité de l’ouvrage en lui-même. Bravo à l’éditeur !