Le 01/02/2026 à 10:26:42
J’avais énormément apprécié la précédente collaboration de ces deux auteurs, Celui que tu aimes dans les ténèbres, et c’est donc avec enthousiasme que j’ai entamé ce nouvel album. À bien des égards, on y retrouve les mêmes forces et les mêmes rares faiblesses que dans le précédent album ; seul le registre varie et passe du fantastique / horreur au western teinté de fantastique (Ain't No Grave 2024, #1-5). On y suit une hors-la-loi, Ridge Ryder, qui a volé et tué autant que de besoin au cours de sa vie et qui, aujourd’hui rangée, mère de famille mais surtout malade, cherche à tout prix un moyen d’éviter la mort qui se rapproche inexorablement. Son voyage, plutôt taiseux et seulement entrecoupé des détonations de son revolver, l’amènera à affronter en duel la mort elle-même. Tout ce que l’on peut attendre d’un western classique y passe avec une bonne grosse touche d’extravagance et de fantastique pour dynamiser le récit. Le scénario de Skottie Young se calque plus ou moins sur les cinq étapes du deuil et ne s’embarrasse pas trop de dialogues ou de récitatifs (l’épisode 4, relatif à la dépression, est entièrement muet par exemple). À mon sens, on parcourt essentiellement cet album pour le superbe dessin de Jorge Corona – que le grand format permet pleinement d’apprécier, notamment la partie de poker – car, si la lecture s’accompagne de quelques notes de musique (possiblement Johnny Cash vu le titre de l’album), elle reste plutôt rapide. J’aurais aimé qu’il y ait plus à raconter mais ça n’en reste pas moins un fort bel ouvrage.Le 19/09/2025 à 23:20:51
"Aucune tombe assez profonde" ne fait pas dans la démesure, un titre qui colle a l'état d'esprit de ce western fantastique. Et c'est bien une des seules choses qui colle vraiment, car il ne suffit pas de sortir les gros pistolets avec quelques punchlines pour arriver à un ensemble aboutit ; ce qu'il manque clairement dans cette bande dessinée, c'est de la lisibilité et de la cohérence. Le personnage de Ryder qui campe en héroïne est une coquille vide, un passif sous entendu de tueuse à gage dont on ne parle jamais, des flashbacks inutiles qui nourrissent très peu la quête de l'héroïne, l'histoire d'une vengeance contre soi-même, sans vraiment comprendre les tenants et aboutissants (juste protéger sa famille). Une quête étrange qui aboutit à une finalité, c'est surement les dernières pages les plus intéressantes. Malheureusement, le personnage de Ryder à trop mal été construit pour rendre le final bouleversant. Aucun personnage n'est vraiment intéressant, ni attachant dans ce one-shot. Et puis, il y a des petits détails qui agace : Ryder gagne une partie de ce qu'on pourrait appeler du poker (au lecteur de deviner que c'est du poker), mais a aucun moment, les personnages ne montrent leurs jeux. Comment le lecteur peut-il confirmer que Ryder a gagné la partie si le jeu n'est pas visible ? Sachant que la confiance n'est pas de mise avec des personnages tous malhonnêtes. Une étrange façon de procéder et je trouve surtout que cela casse l’implication du lecteur dans les enjeux du récit. Là aussi, le flashback sur la partie de Poker pour rembourser les dettes du mari (Darius) ne sert pas à grand chose. Le dessin est beau en somme, un style rectiligne, une belle lumière. Mais stop aux vêtements démesurés qui ne soulignent même plus la forme ou la silhouette des personnages, le dessin perd beaucoup en lisibilité et j'ai passé une partie de mon temps à chercher ou se trouve la tête et les mains ainsi que le sens de l'action tellement l'image est chargé de plis de vêtements, surtout sur les plans éloignés. Également le choix de représenter l'hémoglobine sous forme de mousse rouge, cela adoucit l'aspect violent en contradiction avec le style rectiligne des personnages. Point positif, l'entité qui représente la mort est graphiquement très réussi, je parlais de l'excès de tissu sur les personnage, mais ici la longue cape prend tout son sens pour lui donner plus de charisme et de force, car nul ne rivalise avec la mort...même pas Ryder.BDGest 2014 - Tous droits réservés