Résumé: Retour du délire fasciste, arrivée de l'intelligence artificielle en renfort de la bêtise humaine... le monde du travail est secoué. Même les employés de l'administration, soudain sous le joug d'un collègue zélé...
Après Amour, Djihad et RTT, Marc Dubuisson revient avec le même décor et le même principe : la prise d'otage de tous les salariés de l'administration départementale par le dénommé Kowalsky, suite à sa radicalisation. Le contexte ayant changé, Kowalsky se convertit au crypto-fascisme et au masculinisme et décide de soumettre ses collègues à la torture de réunions PowerPoint interminables.
L
e président aboie, les gouvernements passent et l’administration synergise des solutions holistiques en garantissant un upscale des bulletpoints dans un cadre de libération économique. Sa période mystique oubliée (cf. Amour, Djihad et RTT, Pataquès, 2018), Kowalsky embrasse désormais les tendances managériales en vogue depuis l’avènement de Donald T. et de son complice (d’un instant) Elon M. L’heure est à l’efficacité, au bon sens et aux valeurs traditionnelles. L’IA est là afin de simplifier les process et gare à ceux qui ne verraient pas d’un bon œil cette nouvelle orientation !
Marc Dubuisson remet le couvert avec un nouveau brûlot politique alimenté par la succession des décisions ubuesques et terrifiantes du 47e président des États-Unis et de ses complices. L’auteur réanime pour l’occasion son «The Office», une antenne départementale d’une administration bien française. Populisme, mégalomanie nourrie à la big data, novlangue 2.0 et apparition du proto-widget le plus haï du monde informatique (Clippy de Microsoft pour ne pas le nommer), la liste des trouvailles et des piques nourrissant l’album est sans fin. Immensément drôle, l’histoire, organisée en gags d’une planche, fait mouche et met parfaitement en lumière les dérives de notre époque. Seulement, comme pour beaucoup d’autres satires ou humoristes de l’heure, l’ouvrage fait presque pâle figure face à la machine trumpiste. En effet, difficile de faire pire ou de jouer la surenchère quand la dernière annonce en provenance de la Maison Blanche repousse une fois encore les frontières de l’acceptable. En bon forçat du rigolo et des idées progressistes, Dubuisson fait néanmoins consciencieusement son devoir et apporte sa pierre face à l’incompréhension (ou la colère). Et puis, quelques rires (bien plus en vérité), même au goût amer, sont toujours bons à prendre, surtout compte tenu de la direction prise par les choses.
Ce qu’il faut d’humour «corporate» en guise de cadre, un immense jeu de massacre désespérément hilarant et une mise en images minimalistes pleine espièglerie, Amour, fascisme et CDD est à prendre tel quel : un constat dramatique, un manuel de résistance ou une sombre farce annonçant des lendemains pas moins inquiétants.